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 ROMAN D'ALEXANDRE

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MessageSujet: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:03

Voici les adresses où les fichiers sont téléchargeables en pdf: (illustrations du domaine public et texte mis à disposition par l'auteur)
Roman d'Alexandre, texte brut
mediafire.com ?73c7qk5upw4z4yg (http://www.mediafire.com/?73c7qk5upw4z4yg)
ou
megaupload.com 7E9MSO81 (http://www.megaupload.com/?d=7E9MSO81)

Roman d'Alexandre illustré
mediafire.com ?pd68chr466g9jih (http://www.mediafire.com/?pd68chr466g9jih)
ou
megaupload.com 94RC1AMD (http://www.megaupload.com/?d=94RC1AMD)




Dernière édition par Sud273 le Mer 13 Juil - 12:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:10

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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:11


INTRODUCTION

Pourquoi le roi de trèfle se nomme-t-il Alexandre?
Parce qu'à l'égal de David, de César et de Charlemagne, Alexandre le Grec a laissé une trace symbolique majeure dans l'imaginaire de l'Europe occidentale.

En témoignent les nombreuses versions de son histoire, rédigées tout au long du moyen-âge, en roman, c'est-à-dire en français. L'un de ces écrits, en vers de dix syllabes (car le "roman" en tant que genre littéraire est à son origine une œuvre en vers) occupe même la place de tout premier texte profane de notre littérature nationale. Cette profusion de récits fragmentaires allait encourager un clerc de Bernay lui-même nommé Alexandre à réunir en une somme, une bible à l'intention des seigneurs en quête de modèles royaux, l'épopée du conquérant macédonien, en lui dressant un tombeau de seize mille vers.
Pour ce faire, il utilisa le mètre le plus long, le dodécasyllabe, qui n'avait guère la faveur des poètes avant lui. Le succès extraordinaire de son œuvre lia définitivement le nom d'Alexandre au vers français de douze syllabes, l'alexandrin, matériau de base de tout le théâtre classique et d'une bonne partie de la poésie romantique.

Conçu vers 1180, Le Roman d'Alexandre réunit les trois composantes de la littérature médiévale: veine épique, veine fantastique, veine courtoise, auxquelles il ajoute une dimension exotique et initiatique. Il inaugure un mélange des genres tout shakespearien, dans lequel l'humour voisine avec le drame. Sa structure exemplaire recèle une double trame à caractère psychologique, qui, sous couvert de biographie et d'histoire constitue le premier exemple de "roman", au sens moderne du terme.

Malheureusement, la langue après huit siècles d'évolution, est devenue inintelligible, et une traduction littérale, si elle rend justice au contenu informatif, décourage le plus zélé lecteur en le privant du chatoiement poétique de l'original. Devant le Roman d'Alexandre, nous nous trouvons aujourd'hui dans la position de l'idiot qui, trouvant un diamant brut, le jette comme un vulgaire caillou, ou, au mieux, s'en sert comme combustible.
En nous plaçant dans la longue chaîne des ouvriers, qui autour d'Alexandre de Bernay, avant comme après lui, se sont attelés à améliorer l'œuvre commune, nous nous sommes efforcés, Jean d'Anna et moi-même, de retailler les facettes du joyau, afin que nos contemporains en perçoivent de nouveau l'éclat. Cette tentative est une première.

Les spécialistes découvriront comment les subtilités de la métrique (formes fixes, schémas rimiques originaux et leur dislocation au moment opportun) ont contribué à restaurer les enluminures. Fidélité dans l'esprit, liberté dans la lettre nous ne nous sommes autorisé que deux innovations: Albin, le second cheval, est devenu Pégase, Aimable la reine des Amazones a retrouvé son nom grec. Nous avons été tentés de rendre à Tholomé son patronyme, puisqu'il s'agit de Ptolémée Lagos, premier pharaon lagide ancêtre de la grande Cléopâtre, mais l'euphonie l'a finalement emporté sur la précision historique.

Sans faire main basse sur le texte pour nous l'approprier nous avons simplement jeté sur le chef-d’œuvre un œil neuf. Nous n'avons pas pris de gants; une entreprise aussi ambitieuse ne s'accommode pas de précautions scolaires. Car, comme le dit la sagesse paysanne, et comme le répète Chrétien de Troyes à l'ouverture de Perceval, son roman inachevé: "Qui sème peu récolte peu".
Rassasie-toi, lecteur, du fruit de nos moissons, et goûte le vin clair des vendanges tardives.


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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:19


Chasseur, probablement Alexandre, bronze d'après Lysippe de Sycione, British Museum

PROLOGUE

Ecoutez, -c'est ainsi que toute histoire naît-
Ecoutez, il s'agit d'une histoire vécue
Telle que la conta le hérault de Bernay,
Cet Alexandre qui n'est plus qu'un nom de rue.
Paris avait voulu se l'adjuger à tort
Ce poète qui inventa l'alexandrin
En révisant les vers du clerc Lambert Le Tort,
Lequel avait traduit son roman du latin.
C'était le mois de mai quand les jardins s'ombragent,
Quand les petits oiseaux chantent en leur jargon,
Quand l'herbe reverdit, quand la terre sent bon,
C'était au mois de mai qu'il se mit à l'ouvrage.
C'était le mois de mai, le temps des lendemains,
C'était au mois de mai, un peu avant la fin.

Qui veut prêter l'oreille à l'histoire à venir
Trouvera dans mes vers les plus hautes prouesses;
Il saura partager entre aimer et haïr,
Et garder ses amis sans trahir ses promesses.
Autant il apprendra à courir les bienfaits,
Autant il vengera dans le sang les offenses;
Regardant sans pitié ses ennemis défaits,
Il saura s'il le faut prouver son indulgence.
Tel qui sait commencer a du mal à finir:
Tout son art tombe à plat faute d'apothéose.
Comme l'ânon laineux il ne doit pas vieillir,
Il croît et s'enlaidit, triste métamorphose.
Ces poètes bâtards il faudrait les renier,
Ils ne savent des mots que l'enveloppe vide:
Leur œuvre ne vaut pas la moitié d'un denier;
On doit rafistoler leurs récits insipides.
Je ne veux raconter que pour vous réjouir:
Ecoutez maintenant la merveilleuse histoire
Du meilleur roi que Dieu jamais laissât mourir;
D'Alexandre je veux célébrer la mémoire.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:33


Naissance : Manuscrit flamand Q C Rufus. Flemmish c1470-80 MS Laud Misc. 751 MRM

NAISSANCE D'ALEXANDRE

Le ciel s'était fendu du haut jusques en bas;
L'instant où il naquit fut fertile en prodiges:
Pour souffler sur son front le génie des combats,
La mer avait rougi comme un lac qui se fige.
La terre qui s'ouvrait déjà de tous côtés
Anticipait ses cavalcades formidables,
Elle avait reconnu le héros redouté
Qui la plierait un jour sous son joug implacable.
Avant d'avoir quinze ans, il fut fait chevalier.
Pendant les douze années que perdura son règne,
Sur les douze cités qu'il bâtit pied à pied
On vit flotter son oriflamme et ses enseignes.
Jusqu'aux bornes d'Arthur il porta son drapeau.
Tout le monde habité eut été sien sans doute
Si l'on ne l'avait pas empoisonné si tôt,
Fauché dans sa splendeur au milieu de sa route.
Il n'avait que trente ans, il était fier et beau,
Il avait réussi à prendre Babylone:
Sa dépouille déjà descendait au tombeau.
Nul ne devait porter après lui sa couronne.

Le père de l'enfant dont je vous entretiens,
Le roi de Macédoine et de l'Esclavonie,
Philippe, c'est son nom, était homme de bien,
Il avait épousé Olympias d'Arménie.
Cette dame, inclinée à tous les plaisirs sains,
Aimait autant chasser qu'entendre symphonies,
Elle ne faisait pas secret de ses desseins.
Son bon cœur l'exposait à force vilénies.
Comme elle couvrait d'or ses chevaliers servants,
Les jaloux lui tenaient rancœur de ses largesses,
Disant qu'elle livrait son corps au tout venant
Et trahissait la foi jurée au roi de Grèce.
Ainsi les médisants, cette armée du démon,
Prétendaient que l'enfant, né par sorcellerie,
N'était que le bâtard du dernier pharaon,
Nectanébo, le roi d'Egypte et de Syrie.
Alexandre naquit dans un monde livré
Aux larrons, aux vauriens, à la noire avarice.
Tout possesseur d'un bien tout seigneur désœuvré,
Dans la terre plaçait ses trésors en nourrice,
Et je gage qu'il reste à cette heure -oui, vrai!-
Tant de valeurs enfouies dans les terres sauvages
Qu'on en pourrait charger cinq cents chevaux de trait,
Mais nul n'en verra plus la couleur... c'est dommage.


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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:39

REVE D'ALEXANDRE

A l'âge de cinq ans, je l'ai lu quelque part,
Alexandre eut un songe, une vision obscure:
Il se voyait marchant en quête d'aventure
Quand il trouva un œuf laissé là par hasard.
Il roula la coquille sur la terre dure.
Personne n'en voulait; il pensait le manger.
L'œuf se brisa; il vit alors s'en dégager
Un serpent monstrueux d'orgueilleuse nature.
L'animal, par trois fois, faisait le tour du lit,
Puis retournait tout droit vers l'œuf, sa sépulture,
Car avant d'y entrer, le serpent ramolli
Crevait comme un ballon, par sa trop forte enflure.
On rassura l'enfant: c'était un cauchemar,
Mais Philippe intrigué par ces vives images
Fit venir en sa cour les devins et les sages.
Astarus, le sorcier, c'était un fin renard,
Dit: ''Rien de bon ne sort d'un songe où tout se brise:
L'œuf n'est que faible chose, et le serpent qui sort
Est le fou qui met à guerroyer ses efforts
Et veut sur tous les rois assurer son emprise.
Tout lui échappera, il fera demi-tour,
Ses hommes s'enfuiront, il mourra comme un ladre,
Seul, déchu, délaissé par toutes ses escadres.''
Philippe blêmit à ce verdict sans recours.


gravure L’éducation d’Alexandre par Aristote c.1870

D'Athènes, avant tous, était venu aussi
Le plus grand des savants, le célèbre Aristote;
Il s'était dégagé des superstitions sottes.
Au roi de Macédoine. il tint ces propos-ci:
''Cet œuf dont il s'agit est une chose forte:
Il signifie le monde, et le sable, et la mer.
Le jaune en son milieu, c'est tout notre univers.
Soit, le serpent c'est lui, mais point la bête morte;
Il souffrira grand-peine, et pourtant, en vainqueur
Il ne reviendra pas au royaume de Grèce
Car il aura conquis le monde par prouesse
Et montré par trois fois sa valeur et son cœur.
Ce rêve annonce qu'il sera maître du monde."
Philippe en écoutant a repris sa couleur.
Aristote est couvert de bienfaits et d'honneur
Et nommé premier précepteur, dans la seconde.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 15:46


NECTANEBO

D'Egypte il vint pourtant un autre instituteur;
Philippe redoutait la puissance du mage.
C'était Nectanébo, voyageur de passage
Qui disputait au Grec la place de tuteur.
Aristote en secret avait laissé entendre
Qu'il fallait que l'enfant se fasse une opinion
Et qu'on laissât venir ce sorcier d'occasion
S'il voulait enseigner ses tours à Alexandre.
Car l'enfant dévorait cartes et parchemins,
Il voulait tout savoir des fleuves et des routes;
Il demandait des preuves, mettait tout en doute:
On laissa donc le mage lui donner la main.
Celui-ci lui conta les mystères des voutes,
Comment au firmament le soleil est planté,
Comment la lune perd et retrouve clarté,
Quels astres à venir du ciel peuplent les soutes.
Car il n'existait pas plus subtil enchanteur:
Il aurait déguisé cinq cents soldats en armes
En forêt de bois vert, de bouleaux ou de charmes,
Vous eût fait prendre un ru pour un jardin de fleurs.
Un jour Nectanébo monta sur la montagne
Pour montrer à l'élève les constellations.
Au bord du précipice, avec grande attention,
L'enfant écoutait la rumeur de la campagne.
''Le ciel, dit Alexandre, est recouvert d'un voile,
Je n'aperçois pas bien l'étoile du berger."
''Au-dessus de ton front, viens la voir émerger"
Dit le mage. Et l'enfant: ''Montrez encor l'étoile".
Nectanébo alors opine du bonnet,
Avance, doigt levé, pour montrer la planète.
Au fond du précipice, cul par-dessus tête,
Il tombe, et l'enfant dit: "Il a chu, ce benêt".


Nectanebo : manuscrit d’Utrecht (c. 1430) kb.nl
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 16:02


F. Schommer (Allemagne) Alexandre dressant Bucéphale fin 19ème

BUCEPHALE

Alexandre a grandi: il aime au bord de mer,
Au pied des murs de grès, contempler ses domaines.
Trois cents adolescents, fils des seigneurs, ses pairs,
Le suivent pas à pas, si loin qu'il les emmène.
Alexandre les a appelés à sa cour
Pour les faire adouber quand il sera lui-même
Consacré chevalier; ils sont dignes d'amour
Et sauront lui prouver plus tard combien ils l'aiment.
Pour lui ils souffriront les hivers orientaux,
Veilles et privations dans les contrées sauvages,
Campements de fortune accrochés aux coteaux;
Mais n'anticipons pas, ils n'ont pas encor l'âge.

Comme il se promenait pour mieux se délasser,
Alexandre entendit résonner par la ville
Un cri si stupéfiant qu'il en resta glacé.
"Qu'est-ce? " demanda-t-il à Festion. ''Difficile
De vous dissimuler la vérité, seigneur:
C'est une bête énorme, dit-on, et farouche.
Vous êtes nés le même jour, j'en ai bien peur.
Peu s'en faut que le feu lui sorte par la bouche.
Votre père a reçu ce poulain, en cadeau,
De la reine d'Egypte, il était alors frêle;
Queue violette de paon, croupe fauve, gros dos,
Personne n'a jamais pu lui mettre de selle.
Sur un corps de cheval sa tête est d'un taureau,
Ses yeux d'un lion, sire, on l'appelle Bucéphale:
Il ne tolère pas qu'on le flatte au garot,
Il vit seul, enfermé dans une basse salle.
On livre à son courroux, les traitres à foison,
Il en occirait cent d'un coup de pied unique.
Celui qui osera lui ouvrir sa prison
N'est pas encore né sur le sol de l'Attique.''

Alexandre aussitôt veut dompter le cheval.
Il n'aura jamais plus de paix s'il ne commence.
Il est comme un mendiant devant un plat royal,
Etouffé de désir et de folle impatience.
Ses compagnons voudraient l'arrêter; il s'en rit.
Ils l'imaginent morts, rompus, privés de membres;
De le voir dépecé ils seraient fort marris:
Alexandre s'élance et va droit à la chambre.
Il s'arrête à la porte et la bourre de coups,
Il s'arme d'une masse et brise la serrure.
Le cheval reconnaît son maître; à deux genoux
Voilà que devant lui s'incline sa monture.
Soudain doux et muet comme un faucon en sac,
Bucéphale attend qu'il lui caresse la croupe,
Il le laisse lisser ses crins dressés en vrac,
Et essuyer son front; il tombe sous sa coupe.
Alexandre lui pose un mors d'émail et d'or,
S'empresse de monter sur le cheval rebelle,
Pique aussitôt des deux et les voilà dehors.
Le palais tout entier commente la nouvelle;
Les courtisans s'enfuient, quittes pour la frayeur:
Alexandre a dompté la bête monstrueuse.
On murmure que c'est l'exploit d'un empereur,
Que la Grèce sous lui sera forte et heureuse.


Tiepolo Alexandre et Bucéphale Musée du Petit-Palais, Paris
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 16:11

ADOUBEMENT D'ALEXANDRE ET DE SES PAIRS

A treize ans et cinq mois, on n'est plus écolier:
Il est temps qu'Alexandre soit fait chevalier.
Les barons vont au roi et tiennent ce langage:
''Alexandre saura vous prouver son courage,
Il aura le dessus sur tous ses ennemis:
Les plus riches d'entre eux deviendront ses commis.
Après qu'il les aura réduits en esclavage,
Ils mendieront jusqu'à leur pain sur son passage.
Vivez donc insouciant, reposez-vous sur lui;
Qu'il soit fait chevalier, et ce, dès aujourd'hui.
Vos gerfauts voleront dans un ciel sans nuage:
Chassez sur l'eau avec la reine au clair visage.
Pour Alexandre, Dieu fit le monde petit.
Redorant le blason des barons décatis,
Il prendra aux oisifs assis sur leurs richesses
La soie qui parera les chevaliers de Grèce."

''Olympias'' dit le roi, ''faites confectionner
Les atours d'apparat qu'il faudra lui donner.
Je me chargerai, moi, de lui fournir des armes.
J'en fais forger 300... Non, mon fils, point d'alarmes,
Car, pour l'amour de vous, je veux qu'il soit admis
Qu'on fasse chevalier aussi tous vos amis.
Holà! que sans délai, laquais, on nous apporte
Des fonts pour baptiser toute cette cohorte."

''Seigneur Dieu qui avez assis le firmament
Dans la voute étoilée, frappez-moi si je mens:
Je ne me baignerai que dans la mer immense."
Alexandre ainsi fit ses adieux à l'enfance.
Sous les yeux ébahis des curieux qui s'assemblent,
Les trois cents jouvenceaux se baignèrent ensemble:
Ils couraient à l'envie, sautaient, nageaient, ramaient;
Le chanceux qui les vit ne l'oubliera jamais.

Cependant qu'Alexandre arpente le rivage,
La reine a fait charger deux chevaux par ses pages.
Le nouveau roi voit ses compagnons s'apprêter
Avec les vêtements que l'on vient d'apporter.
''Que l'on vête d'abord parmi nous les moins riches!
Que sur leurs beaux chevaux en armure ils s'affichent.
Qu'on cherche Bucéphale mon fier destrier!"
Alexandre a déjà le pied à l'étrier.
Le cortège joyeux longe un moment la grève
Les trois cents chevaliers défilent comme en rêve.

Le roi Philippe ordonne aussitôt un tournoi,
C'était la tradition, la tradition vaut loi.
Tous les nouveaux guerriers s'affrontent, joutent, chutent;
Même les écuyers se défient à la lutte.
A l'issue de ces jeux vous l'aurez deviné,
Princes, contes, soldats, s'asseyent pour dîner.
Sous les lambris dorés la fête est solennelle.
Les amis d'Alexandre aux serviteurs se mêlent.
Ils ont nom Perdicas, Licanor, Clin, Festus,
Abilas, Tholomé, Aristès et Caulus.

Sur un lit de brocard Aristote a pris place;
On voit sur le tissu brodé toutes les races
De poissons et d'oiseaux qu'on connaît sous nos cieux:
''Grand Prince, choisissez douze pairs devant Dieu;
Récompensez-les bien car qui volontiers offre
Est mieux servi que qui met sa fortune au coffre.
Ils livreront pour vous vos batailles, Seigneur,
Ils seront votre armée, vous serez leur vainqueur.
En plus des précédents vous élirez Filote,
Antigonus, Lihoine, Antiochus pour pilote.
Qu'Emenidus d'Arcage emporte vos couleurs."
''Dieu le veuille", répond le roi au précepteur.


Sangallo d’après l’original perdu de Michel-Ange La bataille de Cascina


PREMIERS EXPLOITS

L'occasion de briller ne se fait pas attendre:
Un certain Nicolas, roi des Arcananiens,
De Philippe le Grec souhaite se faire entendre;
Il réclame un tribu sur sa terre et ses biens.
Alexandre furieux d'une pareille audace
Dit à son messager: ''Ton roi est un forban.
Mon père et tous les grecs n'ont cure des menaces.
Convoquons contre lui ban et arrière-ban.
Nous ne lui devons rien et notre armée est prête.
De lui, j'accepterai un seul gage en pardon:
Je ne serai content que quand j'aurai sa tête
Posée sur le plateau de ce grand guéridon."

C'est devant Césarée que la chose fut faite.
Mais le roi Nicolas était proche parent
Du monarque le plus puissant de la planète,
Darius, shah de la Perse et seigneur de l'Iran.
La mort de Nicolas provoqua sa colère:
''J'ai voulu, disait-il, que Philippe soit roi.
Les rois sont mes valets, ils me doivent leur terre;
Qu'Alexandre me rende ce qui est à moi.
Déjà ce galopin se croit maître d'Athènes,
Déjà il veut régner jusqu'à la mer de Tyr.
Qu'on porte à cet enfant des jouets pour sa peine,
Et qu'il vienne à genoux pour mieux se repentir".
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 16:20

DEFI DE DARIUS

Les messagers persans vinrent en Grèce comme
Philippe célébrait, avec ses courtisans,
Des jeux, en l'honneur de son fils le conquérant
Qui des châteaux d'autrui fait des fiefs pour ses hommes.
''Roi Philippe, Darius te croit un fier brigand:
Viens lui faire allégeance, il l'exige, il l'ordonne.
Remets-lui ton royaume; il se peut qu'il t'en donne
Un morceau, juste assez pour en remplir ton gant.
Si ton fils tombe aux mains de Darius en personne,
Il faut qu'il sache qu'il ne vivra pas deux ans!"
En entendant ces mots, le roi reste dolent,
Sur son front fatigué chancelle sa couronne.
Le roi reste interdit: jamais de son vivant
Il n'a vu s'opposer quelqu'un quand Darius somme,
Mais Alexandre dit: ''Votre Darius m'assomme,
Mon père le méprise. Il est libre, et avant
Quatorze mois je conduirai cent vingt mille hommes
En Perse qui sera mienne avec tout l'Orient.
Je serai le seigneur des petits et des grands,
Et cela, aussi vrai qu'Alexandre on me nomme."
Tous les Grecs font écho à ces mots par leurs chants.
L'un dit: ''Mon coursier n'est pas un cheval de somme,
Qui n'ira pas en Perse est un pleutre, un sous-homme;
Mon haubert est solide et mon épieu tranchant."

Les messagers regrettent déjà l'aventure.
Ils tombent à genoux devant l'air courroucé
D'Alexandre. Ils se voient occis et dépecés;
Ils tremblent de mourir dans d'affreuses tortures.
Ils donnent le présent dont ils étaient chargés,
La lettre qu'Alexandre ouvre d'une main sûre.
Longtemps il réfléchit en en faisant lecture.
Il relève la tête et prend l'air dégagé:
''Votre roi me prend pour un enfant immature,
Croit-il avec ses piètres signes m'effrayer?
Tout autre que Darius l'eut sur l'heure payé;
Il m'honore en croyant qu'il peut me faire injure.
Ces objets qu'il m'envoie ont tous un sens caché:
Votre roi est subtil, il connaît la nature.
Ses dons révèlent bien les destinées futures:
Darius s'en serait-il arrêté au cliché?
Oui, cette balle, j'en forme la conjecture,
Figure l'univers par la terre entouré:
En un mot c'est le monde, et je le conquerrai!
Ces baguettes liées sont de sinistre augure:
Il me faudra combattre afin de m'imposer.
Je soumettrai les rois; c'est ce frein qui l'assure.
Mes soldats iront loin, l'écrin par sa dorure
Montre qu'ils me suivront jusqu'au trépas. Osez!
Allez dire à Darius que son règne ne dure
Que tant que je le veux et qu'il doit s'humilier.
Je le renverserai s'il ne veut pas plier,
Ou je renoncerai à l'épée; je le jure!"

Les messagers persans ont hâté leur retour.
Ils content à Darius la terrible méprise,
Et comment Alexandre a compris à sa guise
Les cadeaux ambigus qu'on lui fit sans détour.
"Il ne vous aime pas, et il vous en avise:
Prenez garde, dit-il, car prochain est le jour
Où il s'emparera de vos fiefs et vos bourgs;
Soyez content s'il vous laisse votre chemise...
Pour retrouver la paix il veut trancher le cours
De votre vie, et cette simple idée le grise.
Son père ne viendra jamais à votre cour:
"C'est l'égal de Darius il agit à sa guise!"
Darius rougit soudain: serait-il pris de court?
Il ne supporte pas qu'un prince le méprise:
"Qu'Alexandre se plie! Qu'Alexandre agonise!"
Alexandre déjà a fait battre tambour.
Nul ne se soustraira, la décision est prise,
Les grands et les petits viendront à son secours.
Il vêt les démunis de manteaux de velours.
Au défi de Darius sa réponse est précise.
Alexandre n'a pas attendu quatre jours.
Philippe malgré lui dans le confort s'enlise.
Ils s'embrassent et pleurent, leurs deux cœurs se brisent.
Ils se sont dit adieu: hélas, c'est pour toujours.


Sebastiano Conca Alexandre visite le temple de Jerusalem, huile 50x70 Musée du Prado (détail)

VERS L'ORIENT

Alexandre ne voit pas la Syrie de près.
Droit sur Jérusalem, il file: il est fin prêt
A prendre la cité: il la veut sans partage.
Il l'aurait ravagée, il eût fait un carnage,
Mais tous les habitants s'humilient devant lui.
Les nobles citoyens ne se sont pas enfui.
Les religieux sont là pour que lui soient remises
Les lois que Dieu confia au Sinaï à Moïse.
Alexandre s'incline et montre son respect;
Il trouve un peuple ami qui désire la paix,
Qui lui fait sans détour des serments d'allégeance.
Il leur promet d'assurer leur indépendance,
Leur garantit la paix toute sa vie durant.
Le peuple se confond en pieux remerciements,
Lui porte maints présents mais le roi ne prend rien.
Il dit: ''Votre affection est le plus grand des biens".

Les cités rencontrées crèvent comme des outres;
Parfois l'armée n'a que le temps de passer outre.
Les trésors apportés pour calmer son courroux
Sont laissés aux pillards, aux hyènes et aux loups.
Mais résister aux Grecs est chose périlleuse:
C'est ce qu'apprit le duc de la Roche orgueilleuse.
Ce château établi au sommet d'un piton
Se croyait invincible; il fut rasé dit-on.
Son duc se moquait des armées sous ses tourelles:
''Pour m'atteindre, il faudrait qu'il leur pousse des ailes''
Se vantait ce seigneur entouré par la mer.
Les Grecs prirent leurs cordes, leurs crochets de fer
Et pour donner l'assaut, ils firent l'escalade
Tandis que leurs archers tiraient sur les sans-grade.
''Mourir ici près de chez toi!" raillait le duc,
''Ton avenir de roi, Alexandre, est caduc;
Je fais cas de toi comme d'une pomme blette!"
Cette plaisanterie lui a coûté la tête.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 16:39

La nature est plus redoutable que l'humain:
Le soleil, sans pitié, incendie les chemins.
Les hommes suent, ils étouffent sous leur armure,
La touffeur est si forte et la route si dure
Qu'en voyant un fleuve au loin, les Grecs abattus
Ne peuvent supporter de demeurer vêtus.
Sept mille hommes portant leur arme en bandoulière
Pêle-mêle vont se jeter dans la rivière.
Alexandre aussi plonge, mais tout habillé;
Il ressort et ses barons le voient vaciller.
Il a le cœur transi par l'eau glacée des sources:
L'eau de Nidèle va mettre fin à sa course.
Les espions de Darius, cherchant un assassin,
Font des offres d'argent à son seul médecin.
Celui-ci les repousse avec noblesse et rage.
Alexandre confiant absorbe son breuvage.


Pietro Testa Alexandre rescapé de la rivière du Cydne Metropolitan Museum of Art

Le roi va mieux. Il dit: "Prenons une cité;
C'est fête puisque j'ai retrouvé la santé."
Pourtant c'est sans combat que la ville d'Elite
Leur ouvre grand les bras; Alexandre visite.
Devant une statue, il dit: "Voyons de près
Ce grand portrait qui me ressemble trait pour trait."
C'est le seigneur Nectanébo dit un vieux sage,
''Nous l'avons statufié lorsqu'il vint de Carthage".
Le roi dit à ses troupes: "Laissez l'enchanteur,
Il tombera tout seul de toute sa hauteur".

L'armée file toujours; elle anéantit Tarse.
Tyr résiste vingt jours et puis livre sa darse.
Mais Alexandre enfin dit: "C'est assez d'exploits,
J'ai formé cette armée pour un plus noble emploi."
Il ne s'arrête plus, il chevauche sans trêve;
Les terres de Darius sont son unique rêve.
Il confond les félons, les détruit, les abat,
Il épargne tous ceux qui endossent son bât.
Enfin il arriva aux portes du royaume:
Il fit planter sa tente et préparer son heaume.


Henryk Siemiradzki Alexandre et Philippe d’Arcarnania 1870

LA TENTE D'ALEXANDRE

La tente d'Alexandre a cent pieds de largeur,
Et son pilier central est un seul bloc d'ivoire
Sur lequel sont sculptées des scènes de l'histoire,
Enchassé aux deux bouts de pierres de couleur
Aux pouvoirs mystérieux: l'escarboucle du faîte
Comme un phare puissant chasse l'obscurité;
La topaze â la base, aux chaleurs de l'été
Rafraîchit l'air ambiant; nul n'en sait la recette.
L'étoffe recouvrant la solide armature,
Tendue par un cordage en ailes d'alérion
Plus tranchantes que n'est l'épée du centurion
Est d'une seule pièce tissée, sans couture.
L'un des pans est plus noir qu'anthracite ou charbon,
Comme feuille au printemps, l'autre est vert clair et beige.
Le troisième est blanc mais glacé comme la neige;
Le dernier est vermeil, teint du sang d'un dragon.
Mêlée à la fourrure de la salamandre
Qui se plaît dans le feu, la toile incombustible
Possède aussi, dit-on, des qualités sensibles
Et reconnaît tout lâche ennemi d'Alexandre.
Au-dessus de l'auvent siège un aigle royal
Perché sur une flèche de fer sans volutes,
Dans son bec cet oiseau tient une fine flûte
Que l'on entend chanter dans le vent estival.
La queue de l'effigie est formée d'une arête
D'Echinéïde, c'est, parait-il, un poisson.
Il arrête les plus puissants vaisseaux d'un son.
Voilà, de l'extérieur, la description complète.

Entrons et vous verrez, à droite, les saisons,
L'été et ses vergers, ses blés en fleurs, ses vignes,
Chaque mois illustré, les heures et les signes,
On y lit: "Redoutez du temps la trahison".
Les constellations tracent un parfait zodiaque,
Carte du ciel, calendrier perpétuel.
En face l'on découvre le monde actuel
Et les trois continents entourés par leur flaque.
Alexandre souvent, sur son lit de repos,
Au milieu de ses pairs qui admirent sa science,
Rêve en citant les noms des cités d'importance
Ecrits en lettres d'or par-dessus les drapeaux.
Mais immanquablement, cependant qu'il médite,
Il dit: "Ah, mes amis que ne suis-je marin;
J'irai chercher plus loin s'il n'est pas de terrains,
Car ce monde est étroit pour l'homme de mérite."

La troisième tenture nous montre comment
Hercule fut conçu et porté par Alcmène.
L'enfant en son berceau, au centre de la scène
Etrangle entre ses poings deux énormes serpents
Que Junon irritée plaça dans sa brassière.
Le demi-dieu, plus loin tient la voute des cieux.
Il pose dans l'Orient les deux piliers gracieux
Qui du monde connu sont l'ultime frontière.
Sur le dernier côté, Hélène et Ménélas
Séparés par Pâris, sont peints avec superbe.
On voit s'enfuir la dame au cœur des blés en herbe,
Et, premier devant Troie mourir Protésilas.
''Après dix ans de siège, ils n'ont laissé que ruines"
Dit Alexandre: "Moi, je descends de ces Grecs.
Darius, prépare-toi au plus cuisant échec,
Toi qui peuples ta cour de valets de cuisine."
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 14:36


Jan Brueghel l’Ancien-Bataille d’Issos huile (1605) Musée du Louvre

LE PRE DE PAILE

L'Araks Perse est profond pour passer à pied sec.
Sur ce fleuve frontière est sis le camp des Grecs.
Darius s'est installé au cœur du pré de Paile:
Il y a étalé ses trésors à la pelle.
Le paile est un drap d'or, un brocard chatoyant;
Le nom du pré provient de ce tissu voyant.
Les velours orientaux, les étoffes précieuses,
Tout git là, répandu dans l'herbe au pied des yeuses.
Ne voulant pas faillir à sa réputation,
Darius montrait son or avec ostentation.
Alexandre le Grand ne céda pas au charme:
Il montra quant à lui ses chevaliers en armes.
La vision des soldats sur leurs chevaux piaffant
Suggéra à Darius qu'il était trop confiant.
Au point du jour il dépêcha ses émissaires.

Tel était le message urgent qu'ils délivrèrent:
''Alexandre, ton cœur est rongé par le mal:
Entend ce que Darius te propose en égal.
Tu as violé sa terre, un formidable outrage;
Jamais homme avant toi n'avait eu ce courage.
Reconnais que tu es son vassal, car c'est l'us,
Tes aïeux ont plié devant ceux de Darius.
Mais lui-même est si humble, il a le cœur si sage
Qu'il ne gardera pas rancune de ta rage.
Sa fille est fort jolie, il te la veut donner,
Ses barons sont d'accord; il suffit d'ordonner.
La moitié de ses biens t'échera par mariage.
Son royaume te reviendra par héritage.
Son peuple souffrirait de querelles pour rien:
Il préfère élever tes fils comme les siens."


Albrecht Altdorfer Bataille d’Issus (1529) huile 158x120- Alte Pinakotehk, Munich
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 14:49

Darius, lorsqu'on lui dit qu'Alexandre s'entête
Réunit son conseil en séance secrète:
''Que ferons-nous, barons? Alexandre je crois
M'offre l'amour du lion pour l'agnelle aux abois.
Puisque ce traître grec avec orgueil nous raille,
Dès demain contre lui nous livrerons bataille."



A la pointe du jour, Darius en général,
Devant ses conseillers, enfourche son cheval.
Il fait par ses crieurs donner l'ordre qu'on groupe
Sous ses meilleurs sergents le plus gros de ses troupes.
Fantassins et soudards, artilleurs, cavaliers,
Ensemble ils étaient bien soixante-dix milliers.
Darius savait des grecs la puissance guerrière.
Habiles dès l'abord, vaillants sur leurs arrières.
Peu pouvaient résister à leurs fers ouvragés:
Il ne veut pas lancer ses légions au jugé.
Ses grands chars alignés sur le champ se présentent
Chargés de chevaliers armés de faux tranchantes,
Attelés d'éléphants caparaçonnés d'or:
''Nous emprisonnerons l'armée sur quatre bords",
Dit Darius ''de façon qu'aucun grec n'y échappe.
Privés de tout secours ils s'égaieront en grappes.
Leur déroute est certaine et notre plan parfait".



Alexandre ruina cet audacieux projet.
En tenue d'écuyer bien avant la bataille,
Il s'était immiscé, grâce à sa faible taille
Dans le camp ennemi, puis s'en était allé
Sans qu'aucun garde ne l'ait vu se faufiler.
Il convoqua ses pairs de retour à sa tente:
"Eménidus, dit-il, ta vaillance est patente,
Tu portes mon fanion, j'attends de toi beaucoup;
Tu donnes volontiers, je crois le premier coup:
Tes braves marcheront donc en première ligne.
Vos douze bataillons connaissent la consigne:
Lorsque les éléphants croiront vous pourchasser,
Ecartez-vous en croix et laissez-les passer.





Pour les prendre à revers lancez-vous à leur suite,
Faites verser les chars et coupez-leur la fuite.
Ménagez la surprise et sans faire quartier,
Jetez-vous après ça sur l'armée en entier.
Dans le corps des fuyards plongez vos fortes lames:
Ils fondront comme fait la glace auprès des flammes.
Darius, hier, en vainqueur, voulait tout nous ravir;
Les Grecs sous les Persans ont fini de souffrir."
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 15:00



Le pas des éléphants ébranle la campagne.
Devant les fantassins, ils semblent des montagnes.
L'armée comme la mer s'entrouvre; ils sont trop lourds,
Les chars tentent en vain de faire demi-tour.
Disloqués par l'élan ils craquent en cascade;
Les glaives et les arcs leur portent l'estocade.

Darius de loin assiste au désastre annoncé.
Serrant son bouclier, il aboie, courroucé:
''Où est-il maintenant, ce chevalier, messires,
Qui pour l'amour de moi défendra mon empire?
Que l'on fasse aligner quarante bataillons:
Je veux cet Alexandre au cachot, en haillons!"
Les soldats grecs grisés par l'odeur de conquête,
Sur le champ en riant ont aligné des têtes.
Les Perses, lance au poing, se ruent tous au combat:
Les douze bataillons attendent, profil bas.
Les cavaliers déploient dans le vent leurs enseignes:
La mêlée des guerriers n'est qu'un grand corps qui saigne.
Lorsque les lances plient, fusent les cris d'effroi.
Le temps n'est plus aux mots. Vivent les plus adroits !

Bucéphale à son tour se mêle à la bataille;
Les écuyers lui ont mis sa cotte de mailles;
Il est bardé de bandes de fer, jusqu'au sol;
Des lanières de soie lui protègent le col
Attachées par des boucles d'argent, en pagaille.
Alexandre fourbit sa lame, sabre, taille.
Sa lance est restée dans le corps d'un ennemi.
Il atteint Penchaël et le fend par demi.
Plus de sept chevaliers meurent à l'identique.
Les Perses désarmés voient s'amoindrir leur clique.
Le temps n'est plus aux mots, on tranche dans le vif.
Les Grecs, prompts au combat, se font expéditifs.
Les soldats de Darius comme cerfs en jachère,
De cervelle et de sang entachent les bruyères.
Les boucliers froissés ont volé en éclats.
Les épées contre les casques sonnent le glas.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 15:02

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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 15:14

La nuit chaude est tombée sur les rives du fleuve.
Les mourants répandus sur ses bords s'y abreuvant.
Darius parcourt le pré sur Le Gris, son cheval.
Quatre rois font flotter son étendard royal.
Comme un aigle guettant l’alouette qui migre,
Alexandre furieux fond sur lui: c'est un tigre.
Il frappe son écu et l'armure se fend.
Il tranche dans sa chair que plus rien ne défend.
Le roi Perse, blessé, s'affaisse puis chancelle;
Son sang coule, vermeil, sur l'arçon de sa selle.
Il a bandé sa plaie; soutenu par Le Gris
Il s'enfuit protégé par son clan amaigri.
Sa route le conduit vers le val de Pinèle;
C'est là qu'il a perdu mère, épouse et pucelle.


Francesco Fontebasso La famille de Darius devant Alexandre 1750 Museum of Fine Arts Dallas

Alexandre vainqueur les a, avec onction,
Prises toutes les trois dessous sa protection.
Dans sa tente de paile il leur a fait la fête:
Darius s'en arracha les cheveux de la tête.


Antonio Molinari La Famille de Darius devant Alexandre, coll. Part. vendu par Christies en 2006
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 15:38

CONQUETE DE LA PERSE

Alexandre est heureux; son succès lui suffit:
Blessé au plus profond, Darius est déconfit.
Non content de saisir l'or et l'argent, en prime
Alexandre a ravi tous ses trésors intimes,
Femme et filles prisées pour leur grande beauté,
Une mère qui ne l'avait jamais quitté.
Alexandre les a réunies sous sa tente
Et ne les entretient que de choses galantes.
Il veut leur démontrer qu'il est homme de cœur:
A deux de ses vassaux il confie leur honneur.
Ces chevaliers servant ont juré que personne
Ne verrait en privé celles qu'ils chaperonnent.
L'honneur du roi Darius ne sera pas souillé...
Mais le destin souvent vient à point tout brouiller:


Louis Lagrenée l’Aîné Mort de la femme de Darius 1785 Louvre

La reine -là-dessus la chronique est formelle-
Mourut rapidement, mais de mort naturelle.
Darius pleure sa femme et son flagrant échec.
Débarque un prisonnier échappé au camp grec,
Capturé l'avant-veille au cours de la bataille:
"J'ai fui comme un voleur, sire, vaille que vaille;
Votre femme a passé: leur roi la pleure encor.
Jamais il n'a permis qu'on lui cause aucun tort.
Pas un de ses guerriers ne lui aura fait honte.
Votre fille, Roxane, vit; c'est ce qui compte.
Il l'a prendrait avec l'accord de ses amis,
Car le Grec ne fait pas les choses à demi.
S'il ne peut l'épouser il la voudra conduite
A l'autel par un comte ou un duc de sa suite."


Francesco Trevisani La famille de Darius aux pieds d’Alexandre, c.1750 Louvre

Alexandre se veut aussi courtois que brave.
Il pourrait disposer maintenant sans entrave
Des fruits de sa victoire et raser les cités.
La mère de Darius vient le solliciter.
Aux environs de Paile elle était souveraine
D'une contrée tombée devant ses capitaines.
Alexandre permet qu'elle enterre ses morts,
Il fait lever le siège de son château-fort,
Il rend alors la ville à sa propriétaire,
Et conduit Roxane aux obsèques de sa mère.

Le pays de Darius est riche de grain neuf,
De vignes et de blé il est plein comme un œuf.
''Contemplez, messeigneurs, c'est votre récompense;
Tout ce qui sous la nue s'étend, ces champs immenses,
Tout est à vous, mais moi, où trouverai-je enfin
Un royaume assez grand pour contenter ma faim?
Le monde se réduit à cette étroite roche.
O Dieu, donnez-moi plus que ce mouchoir de poche!"
Caulus et Aristé rient de ce trait hardi;
Les autres compagnons demeurent interdits.
''Maintenant laissez-moi, car après cette épreuve,
Je veux aller chasser en barque sur le fleuve".
Quand le soleil décrut, après midi passé,
Sous son dais de brocard, il s'en est retourné.
Pour le festin, les cuisiniers se sont hâtés:
Les sièges sont rangés et les tapis jetés.
Les chevaliers s'assoient après s'être lavés.
Le vin dans les hanaps leur est vite apporté.
Promptement on les sert, de tout, à volonté.


Charles Le Brun Le passage du Granique, Galerie d’Alexandre, Louvre

Fin de la partie attribuée à Lambert Le Tort
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 15:32

PRESENTATION D'ALEXANDRE DE BERNAY

Entendez, bonnes gens, je vous conte l'histoire
De Darius le Persan qu'Alexandre vainquit,
De Porus qu'il tua, des Indes qu'il conquit,
Et des bornes d'Arthur où sombre toute gloire.
Je chanterai comment il jeta en prison
Gog et Magog, comment il poursuivit leurs traces,
Comment il entra dans la chambre de Candace,
Et des arbres apprit sa mort par le poison.
Il faut que tout commence, hâtons-nous, il suffit
Que je m'en tienne au sage conseil d'Aristote,
Aux portées du réel ne pas changer de note,
Conter l'histoire vraie comme ce roi la fit.
Alexandre qu'on dit "de Paris", le poète,
Cet Alexandre qui vit le jour à Bernay,
Confie que de Lambert il reprit le harnais,
Il joint aux siens ses vers et fait l'œuvre complète.


Lebœuf Alexandre combattant 1836 jardin des Tuileries
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 15:37


Gustave Moreau 3 études pour le Triomphe d’Alexandre, (Darius, architecture, éléphants) Musée Moreau, Paris

MORT DE DARIUS

C'était au mois de mai un peu avant l'issue,
Quand l'herbe reverdit dans les allées moussues.
Dans la plaine où les grecs écrasaient leurs rivaux,
Résonnaient les pas lourds de dix mille chevaux.
''Toujours plus loin, pensa Darius, on me repousse,
Alexandre impatient s'est jeté à mes trousses. ''
Darius, ne sachant plus à quel saint se vouer,
Se chercha des alliés parmi les plus roués.
Porus, le grand radjah, de son palais de jaspe
Gouvernait le nord de la vallée de l'Hydaspe.
Darius traitait ce prince indien comme un égal:
"Secourez-moi" disait son message amical,
"Que sont pour vous mille chevaux, cinquante comtes?
Quiconque m'aidera y trouvera son compte.
J'ai épargné pour vous, trésor démesuré,
Quatre cent mille écus d'or fin, c'est assuré".
Il promettait aussi les armes d'Alexandre
Et son cheval fameux s'il désirait le prendre.

Porus n'est pas pressé de répondre à l'appel:
Le cadeau est trop beau pour n'être pas mortel.
Il masse ses armées le long de ses frontières
Et répond à Darius: "Mon cher j'ai fort à faire,
Je dois me protéger moi aussi de ce fou
Et n'ai pas deux deniers à dépenser pour vous."
Dès que le roi de Perse apprend sa dérobade
Il mande ses barons, mais même sérénade:
"Vous nous déshéritiez pour doter vos sergents,
Vous nous auriez battus presque devant nos gents;
Nous serions donc bien sots de vous prêter main forte."
Darius menace, et eux lui répondent: "Qu'importe!"
Il jure ses grands dieux qu'il fera mettre à mort
Les serviteurs qui l'abandonnent à son sort;
Deux d'entre eux, des aigris, de misérables lâches,
Au roi des Grecs pensent faciliter la tâche.


Charles Le Brun Etude pour La mort de Darius

Liabatan et Besas ourdissent un complot;
Dans le cœur de Darius ils plongent leur couteau.
Terrassé par leurs coups, le roi va l'âme rendre,
Mais avant de mourir il demande Alexandre.
Celui-ci seul se rend auprès du moribond.
"Seigneur, lui dit Darius, voilà, mon compte est bon.
Je crains de vos bienfaits que nul ne vous rembourse:
Ah, mourir devant vous, c'est bien finir ma course.
Epousez mon enfant, elle est belle à ravir,
Comme mon gendre, il faut régner à l'avenir."
Ce sont ses derniers mots, le reste n'est qu'un râle;
Dans une convulsion le roi Perse s'affale.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 15:46


Giovanni Antonio Guardi Mort de Darius Musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg

Liabatan et Besas viennent chercher le prix
De cet assassinat: mais mal leur en a pris.
''Que l'on jette au cachot ces coquins je l'exige,
Fait Alexandre, ils ont tué leur seigneur-lige.
Afin de démasquer ces traîtres, ces félons,
J'ai promis bracelets et colliers à foison


Giambattista Piazetta Etude pour la Mort de Darius, 1745 Venise

A qui m'apportera la preuve indubitable
Que, de sa main, il a commis l'irréparable.
J'ai juré d'élever ces sinistres larrons
Plus haut que le plus renommé de mes barons.
Je tiendrai sur le champ ma parole sans peine:
Qu'on charge leurs poignets avec de lourdes chaînes.
La corde leur tiendra lieu du collier, et pour
Les élever, seigneurs, pendons-les haut et court."


Giovanni Antonio Pellegrini Alexandre devant le cadavre de Darius, Soissons

Là où mourut Darius, juste devant sa porte,
Le roi les fit mener par deux de ses cohortes,
Les fit pendre au gibet entre deux fourches fortes,
Et puis coudre en un sac pour que l'eau les emporte.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 15:52

ALEXANDRE AU DESERT

Par cette exécution toutes les controverses
S'épuisent, et certains même lui crient: Bravo!
Alexandre est le maître incontesté en Perse;
Pour son gouvernement, il laisse ses prévôts.

Vers l'Inde mystérieuse, il poursuivra sa route;
Bientôt autour de lui s'éclaircit la forêt,
Bientôt le sol se mue en une infâme croûte
Et le dernier buisson d'épineux disparait.
Même les plus vaillants disent: "Il est insane".
On ne peut traverser c'est le séjour des lions,
Ce désert redouté des grandes caravanes
N'abrite que vipères cornues et scorpions,
Tigres et léopards, griffons ailés, rapaces,
Qui sait quel monstre encore ignoré des savants.
"Courage dit leur chef, il faut pourtant qu'on passe!"
Son armée d'une voix lui répond: "En avant!"


Le Brun étude (Alexandre?)

Au sortir du désert, le souverain harangue
Ses compagnons fourbus: j'ai vu Jérusalem,
J'ai conquis plus de fiefs que l'hydre n'a de langues,
Du cruel roi de Tyr j'ai ouvert le harem.

Darius pour moi est mort de la main de ses proches,
Que reste-t-il que je n'aies pas déjà goûté?
Cette terre, je la connais comme ma poche,
De la mer je voudrais savoir la vérité."
''Le soleil du désert vous échauffa la tête:
Vous délirez, seigneur soit dit sans vous vexer.
Nul prince n'oserait tenter cette conquête.
Nous, que deviendrons-nous si vous disparaissez?
Vous nous avez conduits jusqu'aux confins du monde,
Il est loin maintenant notre pays natal..."
"Vous jacasser en vain; allons, dans la seconde,
Convoquer mes verriers sur le chantier naval.
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 15:57


Voyage sous-marin enluminure d’un manuscrit français de Rouen 1445 London BL

VOYAGE SOUS-MARIN

Car l'armée regorgeait d'artisans admirables.
Les ouvriers verriers connaissaient le secret
D'une matière pour ainsi dire incassable;
On ne la pouvait fendre avec un bloc de grès.
"Or çà, maîtres verriers", leur dit notre Alexandre,
"Faites-moi je vous prie un transparent vaisseau,
Qu'on puisse dans la nef au moins à trois se rendre.
Je verserai sur vous mes richesses, par seaux."
"Fournissez-nous le sable et le feu de la forge,
Nous vous le construirons puisque vous le voulez;
A la science bornée nous ferons rendre gorge,
Il flottera sous l'eau et sans jamais couler."
Le vaisseau, un cylindre de verre limpide
Est garni en sa tour de lumignons ardents.
Le roi, bien à l'abri, dans sa bulle solide,
Verra, comme en plein jour, tous les poissons par bancs.
En barque les marins transportent le chef-d’œuvre
Jusqu'à la haute mer, évitent les rochers;
C'est toute la subtilité de la manœuvre.


Fragment de la tapisserie de Gênes représentant l’histoire d’Alexandre, Pallazo Doria XVème siècle

"C'est la cupidité qui règne sans partage
Dans ce monde perdu, je l'ai vu de mes yeux.
L'avarice nous rend comme bêtes en cage,
Tourmentés et inquiets, féroces et odieux."

"Sire, fait Tholomé, je me dois de le dire:
Je fais peu cas d'un roi qui méprise la mort.
Sire, avez-vous songé au destin de l'empire
Ou vous en moquiez-vous plus que de notre sort?
''Un roi ne prend conseil, amis, que de lui-même;
Qui sans cesse à son chien fait faire son travail
Mange moins de gibier que fait moine en carême.
Non, ce n'est plus un roi, c'est un épouvantail!..
Mais laissons la dispute et passons vite à table:
Je me reposerai quand j'aurai festoyé,
Car je sens dans mon cœur renaître, formidable,
L'envie de m'en aller bien vite guerroyer.
Mes messagers m'ont dit que Porus, aux frontières
De l'Inde, son pays, a massé ses légions.
Trois cent mille chevaux attendent sur l'arrière
Que nous pénétrions au cœur de ses régions.
Peu nous chaut, ils ignorent tout l'art de la guerre;
Cent archers grecs vaincraient leurs soudards hésitants.
Compagnons, je voudrais défier la terre entière.
O Bucéphale, à moi, sus à l'Inde, il est temps!"
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 16:00

VICTOIRE SUR PORUS

C'est au début juillet qu'ils parvinrent en Inde...
Les forces de Porus en trois groupes se scindent:
Il en est d'Ethiopie qui sont à pied venus;
Les Garamantes l'ont rejoint, ils vont tout nus,
Leur troupe occupe au moins cinquante kilomètres.
Les gens de Galeru veulent garder leur maître,
Personne ne prendra ses jambes à son cou
Avant que n'aient été donnés les premiers coups.
Le roi Porus aussi avait peur pour sa fille:
C'était tout ce qui lui restait de sa famille.
Il redoutait les conséquences d'un échec:
Il la voulait soustraire à la fureur des Grecs.
Il fit donc une lettre à la reine Candace;
C'était de longue date une amie efficace.
La reine vint chercher cette vierge à marier
Et la fit escorter par ses meilleurs guerriers.
C'est à son fils cadet qu'elle donna l'infante,
Déclarant: "Vous voilà mariée, soyez contente".
Porus aurait voulu à leurs adieux surseoir:
Se doutait-il qu'il ne devait pas la revoir?

L'ennemi a marché pendant qu'il se lamente,
Il est au pied du mur; la guerre est imminente.
D'autres vous conteront le tableau en détail;
Allons à l'essentiel, car c'est trop de travail.
Les soldats de Porus sont contraints de se rendre:
''Vers l'Orient", c'est le cri des armées d'Alexandre.
Porus, abandonné, s'enfuit dans le désert.
Sur le pré des combats, disent les plus diserts,
Le butin des vainqueurs contenait, pêle-mêle,
Quatre cents éléphants harnachés de tourelles.


Fiorentino Rosso Eléphant royal de l’escalier de François Ier à Fontainebleau
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 16:03

LE PALAIS MERVEILLEUX

Le palais de Porus reste ouvert à tous vents,
Il n'est plus défendu par ses portes d'ivoire;
Les murs couverts d'or fin qui célébraient sa gloire
S'imprègnent du reflet du nouveau dieu vivant.
Trente piliers au moins portent la grande voute:
Ils sont faits de vermeil et d'argent confondus.
On dit qu'ils ont été quatre fois refondus
Pour en hausser l'éclat; peut-être on en rajoute.
Alexandre s'écrie: "Peut-on amasser plus?
D'où tira-t-on tant d'or pour combler un seul homme?
On en battrait cent mille écus, la belle somme!
Parole, c'est du ciel que cette manne a plu."
Le roi s'était dressé porté par Bucéphale:
"Donnez à tous leur part et des habits décents",
Et puis dans le palais il s'enfonça laissant
Son cheval attaché à la table royale.

Dans la chambre des bains il pénétra bientôt:
L'eau chaude y circulait dans d'oblongues tuyères,
Le plus frappant pourtant n'était pas la chaudière,
Mais le fluide vital, secret des orientaux.
La substance courait dans un réseau complexe
De tuyaux de cristal; son parfum mystérieux
Dit-on, aurait pu rendre aux aveugles leurs yeux
Et guérir aussi bien les maladies annexes.
Dans la chambre attenante on croyait voir le jour
Tant les pieds émaillés des lits semblaient des flammes
Nourries par le clinquant des literies des femmes,
Et par les lourds rubis attachés aux velours.
Du souterrain on fit vite sauter la grille;
Il menait au musée que Porus consacrait
A la préservation de ses jardins secrets;
Une treille précieuse au mur fixait ses vrilles.
C'était l'œuvre conjointe de clercs sarrasins,
De sculpteurs arméniens, d'orfèvres d'Ethiopie.
Les ceps étaient d'ébène et de leurs grappes pie,
En larmes de diamants dégoulinait le vin.
Emeraude et saphirs, jaspe, jade, hyacinthe;
Sur l'éclat des raisins les spectateurs envieux
Etaient vite contraints de refermer les yeux,
Sous peine d'en garder la douloureuse empreinte.
Tous les arbres que Dieu fit en sa création
Dans cet Eden avaient leurs copies insolites;
Les oiseaux y siégeaient dans des nids d'hématite,
Leurs becs de perles clos, muets d'admiration.
On entrait au cellier par une porte basse:
La vaisselle d'argent et d'or y a moisi.
Des trésors délaissés c'est le destin quasi-
Universel; à quoi sert donc qu'on les entasse?
A dresser les statues des Dieux, en nombre tel
Qu'on ne peut les compter; elles portaient calices
Et des plateaux d'argent prêt pour le sacrifice:
''Mon Dieu, dit Alexandre, appuyé à l'autel,
Comme il était puissant ce roi! Pareil bagage
Suffirait à remplir les sables du désert
De dunes et de monts, à repousser la mer
En dressant tout autour de la terre un barrage."


Chipiez Reconstruction du palais de Persepolis
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MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Mer 29 Juin - 16:17

ALEXANDRE POURSUIT PORUS

Alexandre, une nuit, dormit sur ses trésors.
Premier levé, avant l'aube il était dehors.
Sur dix mille chevaux il chargea ses richesses
Pour faire profiter chacun de ses largesses,
Et l'on vit les soldats comme un fleuve doré
S'écouler hors des murs, brillants et bigarrés.
Sous le soleil naissant, les pierreries des casques
Sur leurs pectoraux d'or jetaient des feux fantasques.
Cette marée passa sous l'œil désabusé
Des citoyens floués dans leurs habits usés.
Au bout de quelques lieues, le roi monta en tête
Et pour tenir discours fit sonner les trompettes:
"Seigneurs macédoniens, je vous ai étrillés:
C'est que sur le volet je vous avais triés.
Vous avez bataillé pour m'offrir des royaumes;
Grâce à vous je tiens le monde entier dans ma paume,
Et si l'on me surnomme aujourd'hui roi des rois,
Je sais que c'est à vous, seigneurs que je le dois.
Je crains de vous lasser, mais nous pourrions sans doute
Rejoindre l'ennemi et lui couper la route".
"Seigneur, répond l'armée, vous n'aviez qu'à parler,
Nous le rattraperons puisque vous le voulez."

Au-delà du Caspois les terres sont arides.
Dans les déserts d'orient on a besoin de guides.
Aux nouveaux éclaireurs le roi s'en est remis;
Ces mercenaires font le jeu de l'ennemi.
Ils sont prêts à mourir, si c'est indispensable,
Pour égarer les Grecs dans l'océan des sables.
En plein cœur du mois d'Août, on ne vit pas longtemps
Quand on n'a qu'eau croupie et venin de serpent.

TRAVERSEE DU DESERT

Ils étaient des milliers sous le fracas des cors.
Les mulets, les chameaux coiffés de bâches lourdes,
Des vivres collectés assuraient le transport.
L'eau commençait déjà à manquer dans les gourdes:
Au soleil de midi ils se crurent tous morts.
Epuisés par la route et le poids des armures,
Les hommes suent; ils ont repoussé tout repas
Car la gorge leur brûle et la soif les torture.
Les fantassins ont cessé de marcher au pas.
Jusqu'à quand pourront-ils souffrir ce qu'ils endurent?
La chaleur et la soif les rendent presque fous:
Celui qui a de l'eau trempe à peine ses lèvres
Celui qui n'en a pas prend son arme aux deux bouts
Et se frotte à l'acier pour apaiser sa fièvre.
Les plus jeunes recrues ne tiennent plus debout.


Giuseppe Cades Alexandre refuse de boire, Hermitage, Saint-Petersbourg

Zéphyrin a trouvé dans une pierre creuse
Un verre d'eau de pluie, moins que dans un cactus;
Dans son casque il a mis cette denrée précieuse
Et l'a portée au roi pour qu'il en ait en sus.
Le roi ne trouve pas que l'idée soit heureuse.
''Mes hommes m'en voudront'' pense-t-il ''si je bois,
Leur soif sera doublée, leur marche ralentie,
S'il n'y en a pour tous, je n'en veux pas pour moi.
Rends cette eau au désert. Tiens, la voilà partie"...
Dit-il en la jetant, le regard ferme et froid.
Les soldats n'ont plus soif, ils souffrent de conserve:
Alexandre avec eux partage la douleur.
Il offre à Zéphyrin, puisée dans sa réserve,
Une coupe d'émail aux brillantes couleurs.
Je doute cependant que Zéphyrin s'en serve.

Les hommes à la nuit par groupes vont s'asseoir;
Devant leur campement, étendus, bouche ouverte,
Ils goûtent la rosée qui tombe avec le soir
Sur leurs lèvres fendues et leurs membres inertes.
L'aube les voit fourbus, résignés, sans espoir.
Les Dieux, gardiens des Grecs, ne voulaient pas permettre
Qu'ils sèchent au soleil comme des fruits talés.
Vers l'heure de midi, l'armée gravit un tertre,
Et, de l'autre côté, ô rêve inégalé!
Découvre la vallée dont Porus est le maître.
Ils entendent au loin l'eau du fleuve frémir,
Voient les pâtres qui jouent avec leur sarbacane.
Les draps sèchent au vent, dans les près, à loisir:
C'est la verte vallée qui cerne Bactriane:
''Armez-vous, dit le roi, car il faut en finir."
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