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 Chostakovich Orango

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Sud273
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MessageSujet: Chostakovich Orango   Sam 18 Déc - 19:12

Orango

Orango est un opéra qui fut commandé par le Bolshoï en 1931 à Chostakovich: le livret devait être rédigé par Alexeï Tolstoï, surnommé le Comte Rouge, écrivain connu pour ses récits érotiques, ses romans de science-fiction (Aélita ou le déclin de Mars, est en 1927 le premier texte de ce genre de la littérature russe) puis ses fresques historiques). Gravril Popov espérait créer avec lui un nouveau genre d'opéra dans les années 30 mais leur collaboration ne vit jamais le jour.

Chostakovich resta très discret sur ce projet, et personne ne sut qu'il avait commencé à en composer une partie avant que la musicologue Olga Digonskaïa n'en retrouve une partie dans une cache contenant entre autres l’ébauche de la première version abandonnée de 9ème symphonie dans l’esprit monumental des deux précédentes.

A la demande de la veuve de Chostakovich, Mc Burney est en train d'en réaliser une orchestration: la partition piano-voix est déjà en vente pour le prix de 51 dollars.

La création a été repoussée à décembre 2011, programmée à Los Angeles sous la direction d’Esa-Pekka Salonen –homme très occupé puisqu’il est aussi chef principal et directeur artistique du Philharmonia, d’où l’espoir d’une rapide importation londonienne, une fois que la partition aura été révélée-.

L’éditeur Schirmer consacre au travail en cours un article documenté, que je résume, traduis partiellement, et commente légèrement ci-dessous, pour ceux qui n’auraient pas le courage de lire les explications en anglais.
http://www.schirmer.com/default.aspx?tabid=2422&State_2879=2&newsId_2879=2111
Il s’avère qu’on en sait un peu plus et que la nouvelle n’avait circulé que sous des dehors incomplets.

Ce qu’il en reste

Uniquement le prologue (trois actes auraient dû suivre) en notation piano-voix, dont Gerard Mc Burney semble avoir terminé l’orchestration qui répond à la formule
2+pic.2+ca.2+Ebcl.ssx+asx.2+cbn/6.3.3.1+bar/timp.4perc.dmkit/bjo[+]/str
dans laquelle on remarquera l’utilisation de saxophones (?) et d’un banjo. Burney a déjà orchestré Hypothetically murdered et une version plus complète de la musique de scène de La punaise opus 19 (pièce de Maïakovsky) plus complète que les trois fragments enregistrés autrefois pas Rozhdestvensky.

11 numéros pour une durée de 40 minutes : le 1er, ouverture, et le 5ème (Danse d’apaisement de la Ballerine) sont repris de la partition du Boulon, retirée en 1931, donc déjà connus, si tant est que Chostakovich n’en ait pas légèrement modifié la teneur, mais qui peuvent servir de guide pour l’orchestration. D’autres passages seraient empruntés à la revue plus haut citée, ce qui peut donner une idée peut-être du traitement vocal d’origine dont il ne reste aucune trace dans les esquisses pour piano seul également des numéros d’Hypothetically murdered.
D’autres passages (et peut-être les scènes de foule, si l’on pense à la scène du fouet) auraient servi à la construction de Lady Macbeth, une fois le projet Orango définitivement abandonné.

Contrairement aux annonces, le livret complet (celui des trois actes restant qui sont une théatralisation de l’histoire d’Orango) n’existerait que sous la forme de synopsis, ce qui n’est pas très étonnant étant donné les difficultés d’Alexei Tolstoï à imposer ses pièces de théâtres et le fait que son collaborateur et co-librettiste Alexander Starshakov ait été fusillé en 1937 sans que Tolstoï, ami personnel du Chef et Maître y ait pu mais… Le fantasme selon lequel Orango serait parvenu au faîte du pouvoir, occupant la place de 1er secrétaire du PC reste de l’ordre de l’imagination des journalistes: il semblerait que l’intention ne soit pas allée aussi avant.

Sur les raisons de l’abandon

En dehors des problèmes que pouvait poser une œuvre d’intention satyrique, la commande du Bolshoï serait tombée d’elle-même avec la chute d’Ilya Ivanov (mort d’un arrêt cardiaque en 1932 à la suite de sa condamnation à l’exil en 1930 pour activités contre-révolutionnaires etc), principal personnage visé par l’histoire.

C’est ici que les choses deviennent particulièrement intrigantes et s’éloignent de l’inspiration qu’on devinait dériver de la nouvelle de Boulgakov Cœur de chien parue en 1925 (à ce sujet, la coïncidence avec la création de l’opéra de Raskatov aux Pays-Bas en 2010 est encore une fois un curieux revers de l’histoire, mais on déborderait à aller plus avant) :
On découvre par la bande avec cette partition qu’Ilya Ivanov fut envoyé par le gouvernement soviétique et l’Académie des sciences en Afrique en 1926 pour y conduire des expériences incluant l’insémination artificielle de femelles chimpanzé avec du sperme humain ! Compte tenu des controverses depuis les années 70 disons sur les facultés des souches virales à passer la barrière des espèces, on tremble rétrospectivement sur ce que ces recherches auraient pu induire, et il y a là un sujet d’enquête intéressant puisqu’elles anticipent de très tout ce que les nazis ont pu imaginer concernant la fabrication de troupes armées… Dans les années précédent la 1ère guerre mondiale, seul un chirurgien français un peu dérangé avaient tenté de greffer sur des hommes impuissants de testicules de singe, sans grand résultat : est-ce cette histoire que Tolstoï aurait entendue durant ses séjours à Paris comme correspondant de guerre qui lui aurait fait situer son récit en France ? car c’est là un autre élément étrange de constater dans le projet de livret la mise en cause de savants français et sud-américains concernant une période qui verra bientôt surgir la première version de King-Kong. L’air du temps certes, mais…

Rentré en 1927 en Russie, Ilya Ivanov a poursuivi ses recherches dans une ferme de primates construite à Sukhumi, site que Chostakovich visita en 1929 au cours de déplacement dans le sud de l’Union Soviétique, et dont il recommanda la visite à ses correspondants.

Synopsis du prologue

L’action prend place au Palais des Soviets, bâtiment dont la construction n’eut jamais lieu et que les projets d’époque montrent comme une sorte de tour de Babel couronnée d’uns statue géante de Lénine (on en voit d’autres projets animés et mis en situation dans le film Moscou 1938, jamais sorti non plus).

Il s’agit d’une réunion destinée à « liquider le passé servile et de célébrer la libération des travailleurs ». Un Maître de Cérémonie annonce la prochaine attraction: l’apparition d’Orango, célèbre singe-humain. Mais au moment où des invités étrangers demandent à voir le spécimen il introduit sur scène une ballerine, la « 8ème merveille du monde » qui exécute une « danse de paix ». Toute la foule réclame Orango dont les talents (“il mange avec une fourchette et un couteau, joue au chizhik-pyzhik et sait dire “he-he-he”) sont décrits par le Zoologiste qui introduit la bête. Orango rugit et se jette sur une étrangère Susanna, menaçant de la « rrréduire en pièces ». Trois étrangers interviennent: ils se présentent comme Armand Fleuri, embryologue, créateur d’Orango; sa fille Renée, « demi-sœur » du monstre et Paul Mash, journaliste qui identifie Orango comme celui qui fut sous son élève et un « brillant journaliste ». Le Maître de Cérémonie propose alors, avec l’aide d’une troupe de théâtre amateur de mettre en scène une dramatisation par le chant et la danse : « comment naquit cet hybride, comment il prit part à la guerre, retourna à Paris et ce qu’il y fit, gagna l’Union Soviétique et acquit son renom, se maria, fut enfin démasqué et… acheté à Hambourg pour 150 dollars » afin d’être exhibé dans une cage." La foule exulte par anticipation.

C’est ici que Chostakovich s’est arrêté.

Le synopsis des trois actes manquants

Acte I : un biologiste français tente d’inséminer une femelle singe avec du sperme humain. Un journaliste perce son secret, ce qui déclenche un tollé politique et religieux. Lorsque la femelle conçoit, le biologiste envoie le fruit de ses recherches poursuivi en secret à un collègue sud-américain : il finit par apprendre de celui-ci que la femelle singe a accouché d’un hybride de sexe masculin peut différent en apparence d’un bébé humain. La correspondance des deux scientifiques se poursuit jusqu’à l’été 1914, date où la guerre l’interrompt.

Acte II : un soir d’après-guerre, un étranger frappe à la porte du biologiste : il se présente comme Jean Or, fils adoptif du collègue sud-américain, décédé entre-temps. Armand Fleuri reconnaît le rejeton de ses expériences vieilles de 20 ans et présente le « garçon » à sa fille. Introduit dans la vie sociale parisienne Jean Or(ango) trouve du travail comme reporter dans le même journal dirigé maintenant par celui qui avait révélé les projets de Fleuri. Grâce à des activités mafieuses et à son engagement dans la spéculation boursière, il parvient à se hisser jusqu’au poste de directeur du journal et à éjecter de la place son mentor.

Acte III: anti-communiste viscéral, Orango détient maintenant un énorme pouvoir politique et financier ; sa seule frustration est de ne pouvoir posséder la fille de son créateur, qui s’est jointe à son père –devenu un fervent activiste- dans une campagne de déstabilisation du nouveau magnat de la presse. Orango épouse une émigrée russe devenue à Paris prostituée de haut vol. Sa haine de la classe ouvrière et de l’Union Soviétique ne cesse de croître. Avec les années les traits ataviques de son origine simiesque deviennent plus apparents (ses discours se mêlent de cris de singe). Le scandale éclate après qu’il a tenté de violer Renée Fleuri. Orango, cherchant la protection des autorités, se convertit au catholicisme. Mais la crise de 29 éclate et il fait faillite : le Pape l’excommunie. Orango devient fou, sa dégénérescence s’accélère et il régresse à l’état de singe. Sa femme finit par le vendre à un cirque où il est exhibé en cage.

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