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 Miaskovsky Les 13 quatuors à cordes

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Sud273
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MessageSujet: Miaskovsky Les 13 quatuors à cordes   Dim 28 Déc - 19:58

Les 13 quatuors de Myaskovsky par le quatuor Taneyev

Il y a peu, Myaskovsky était un inconnu en occident, et malgré quelques enregistrements de symphonies antérieures à la 12ème chez Marco Polo, la disparition du label Olympia, qui reprenait les versions mal distribuées et confidentielles de Russian Disc, risquait de prolonger cet anonymat. Aujourd’hui, après la parution des 27 symphonies et autres œuvres d’orchestre par Svetlanov chez Warner, et une nouvelle édition des sonates pour piano chez Naxos, on peut commencer à se faire une idée de l’importance de ce compositeur. La dernière pièce du puzzle, mais peut-être la clé de voute de l’oeuvre, est la reprise par Northern Flowers de l’intégrale des quatuors enregistrée dans les années 80 par l’excellent quatuor Taneyev.

Quand Myaskovsky entreprend son premier quatuor en 1930, il est déjà l’auteur de 10 symphonies ; la rédaction de ces œuvres de musique de chambre semble devenir le terrain de nouvelles explorations, voire d’une remise en cause de tous les procédés de composition antérieurs, par suite peut-être du choc que représente l’émergence d’une nouvelle génération de compositeurs soviétiques sur la scène publique. A l’époque en Russie, le quatuor à cordes est une forme tombée en désuétude, on ne peut guère trouver comme précédents que des œuvres d’étudiants, le 1er des 9 quatuors de Shebalin (1924) celui de Kabalevsky (1928), le 1er quatuor de Mosolov (1926) œuvre de génie mais qui ne sera jamais jouée du vivant de l’auteur ; Chostakovich lui-même ne s’adonnera au genre (timidement pour ses débuts) qu’à partir de 1938. En une vingtaine d’année Myaskovsky constitue un ensemble de quatuors qui est sans équivalents depuis Beethoven, et le modèle de toute la production soviétique dans ce genre.
Sur les caractéristiques structurelles de ces quatuors, on peut avancer qu’il tendent à adopter (contrairement aux symphonies qui épousent vers la fin plutôt une facture ternaire) une forme classique, avec mouvement de danse en deuxième position –Myaskovsky n’écrit jamais explicitement le terme Scherzo- certains quatuors en trois mouvements tentant de réintégrer un épisode scherzando comme section médiane du mouvement lent. La plupart commencent en mineur, il faut attendre le 7ème (1941) pour trouver une tonalité majeure, mais ces indications sont trompeuses comme l’abondance des notations « tenebroso, lagrimabile » car l’écriture modale de Myaskovsky entretient une ambiguïté qui fait qu’on passe sans cesse du mineur au majeur, et l’examen de l’ensemble montre qu’il y a autant de sections joyeuses et optimistes que de déplorations et d’atmosphères funèbres, les deux se combinant souvent dans le registre élégiaque et l’emprunt de mélodies populaires susceptibles d’arborer des habits de fête comme des vêtements de deuil. Ils adoptent fréquemment des tempi plus vifs que les œuvres orchestrales, allant jusqu’à une espièglerie qui se manifeste par un goût marqué pour le registre « fantastique ».
A plusieurs occasions, les quatuors intègrent la révision de matériel plus ancien et deviennent comme les sonates l’expression définitive d’esquisses non publiées, qui en font non seulement un journal intime mais aussi la récapitulation d’une histoire de la musique de chambre, aux travers d’allusions à des formes passées (le menuet à la Haydn) ou à des compositeurs évoqués de façon récurrentes, principalement Grieg et Dvorak.

A l’exception du 13ème et dernier quatuor, il n’existe pas officiellement en CD de version concurrente et les autres publications de l’intégrale Taneyev sous d’autres labels n’adopte pas tout à fait le même ordre, ce qui ne simplifie pas les choses pour qui en possède des volumes séparés. Pour le détail, on se rangera à la nouvelle édition Northern Flowers, qui présente l’avantage de suivre l’ordre chronologique :

Volume 1 : Quatuors 1-2-3



Des trois quatuors écrits coup sur coup durant l’année 1930 (et qui se partagent avec le 4ème un même numéro d’opus) seul le premier offre une structure parfaitement classique : il est pourtant le plus moderne des 13, par la couleur terne de l’introduction, l’austérité et la grisaille modale, les dissonances et les cris de cordes qui en font un ancêtre des premiers essais de Schnittke, il s’approche des quatuors les plus difficiles de Bartok, l’andante (mouvement 3) flirtant avec une atonalité quasi constante qui hante également le finale où se mélangent des élans franckistes vite réprimés.
Le 2ème ne reste pas longtemps dans l’ambiance pesante, malgré son thème d’ouverture typique du Myaskovsky familier de la 6ème symphonie, et débouche assez rapidement sur un développement majeur de caractère impressionniste. L’andante médian, malgré un épisode central de danse et une conclusion parfaitement diatonique reste dominé par un caractère de passacaille atonale et de fiévreuses déclarations du violoncelle. Son finale est vif et bucolique (assez conforme à la pochette) s’apparentant à une sorte de Dumka sauvage, traversée d’épisodes de rondes naïves dans l’extrême aigu. Tout le travail repose sur un élargissement constant de l’espace sonore et l’établissement d’une forme cyclique originale.
Le 3ème est en deux mouvements (c’est le seul à adopter cette forme binaire souvent représentée dans les premières symphonies). Il oppose un allegro presque fauréen, pourvu d’un thème principal d’une grande ductilité qui s’évade sous forme de semblant de valse dans les tonalités les plus éloignées, à un Thème et variations sur un motif de Grieg, repris d’une composition de 1909, qui passe du canon hardiment chromatique à la cavalcade, au ländler, à la danse hongroise, pour se métamorphoser en fugue avant une magnifique péroraison russe pleine de trémolos et de langueur.

Volume 2 : Quatuors 4-5-6



Bien qu’il constitue la 4ème partie de l’opus 33, le 4ème quatuor est écrit en 1937 et séparé des précédent par la création de sept symphonies : il est lui-même la réfection d’une œuvre de 1909, ressortie des tiroirs à la demande du Quatuor Beethoven, et demeure, fort de ses 32 minutes le plus long de tout le corpus, mais probablement le plus moins original aussi, austère et bavard. Le scherzo risoluto d’une allégresse forcée parait maladroitement brahmsien, on se perd dans les sinuosités de l’andante (exceptionnellement de forme sonate avec reprise en miroir). Seul un passage du final paraît relever de l’urgence et de la nécessité. On se prend même à se demander si les interprètes maîtrisent complètement le sujet, d’autant plus que la prise de son semble aussi accuser quelque fatigue.
Le 5ème quatuor en revanche est un chef-d’œuvre et peut-être le plus directement attrayant. Sa simplicité chantante justifie pleinement la dédicace à Shebalin, devenu un maître en matière d’équilibre classique. Le scherzo sussurando est virtuose et inventif, si réussi que l’auteur en fit une transcription séparée pour piano devenue une de ses pièces les plus célèbres. L’andante en forme de cortège médiéval contient une des plus belles sections lyriques de tout l’œuvre, annonçant la prochaine symphonie n°21 ; tout cela dans une forme parfaite, avec discrétion, sans emphase et une remarquable économie de moyen. Seul le finale de forme sonate vers lequel se déplace le centre de gravité de l’œuvre fait montre d’une certaine complexité, en même temps qu’il retourne à une expression pastorale d’un optimiste mesuré.
Composé presque dans la foulée, le 6ème quatuor, dédiée au Quatuor Beethoven, laisse une impression plus énigmatique même s’il bénéficie de la même maîtrise formelle que le précédent. Il revient au caractère russe, mais d’expression plus heurtée, parfois bi-tonale, tour à tour impressionniste et expressionniste, juxtaposant le burlesque d’un scherzo à la Pierre et le loup et le larmoyant, dans une imitation de la Mort d’Aase, sans qu’on sache si l’on pleure ou non « pour de rire » (comme dans l’Enterrement de la Poupée des pièces d’enfant de Tchaïkovsky) avant le finale dramatique et volontaire dont le premier thème évoque certaines marches en avant de Knipper.
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MessageSujet: Re: Miaskovsky Les 13 quatuors à cordes   Dim 28 Déc - 20:04

Volume 3 : Quatuors 7-8

A l’automne 1941, les compositeurs moscovites sont évacués vers la république de Kabardino-Balkarie et leurs œuvres se remplissent de thème empruntés au folklore du Caucase de Nord. Composé parallèlement à la 23ème symphonie, le 7ème quatuor, créé à Tbilissi, porte moins la marque des temps difficiles que l’émerveillement de Myaskovsky devant la nature environnante : chose rare, la tonalité majeure se maintient tout au long de l’andantino radieux d’ouverture. Le scherzo (en fait un rondo) fantastique est une sorte de Vol du bourdon décoré de couplets aux arabesques bucoliques. L’andante printanier où chante l’alto solo emprunte son passage médian à un chant d’amour Balkar. Le vivacissimo conclusif contient de fortes suggestions orchestrales, avec son motif de triple accord frappé et le thème chromatique du violon répété comme sonnerait au-dessus de l’orchestre une trompette de fanfare.
Le 8ème quatuor retourne à la structure ternaire, suggérée par le sujet puisqu’il s’agit d’une pièce élégiaque à la mémoire d’un ami disparu. Il n’a cependant rien du caractère sinistre qu’on prête parfois à Myaskovsky ; le développement basé sur un thème très original est au contraire d’une grande clarté et d’une profonde délicatesse. Le caractère mélancolique est exempt de noirceur, comme dans l’adagio suivant, où le rythme de marche funèbre soutient une mélodie majeure, votive mais emplie d’espérance, comme si elle évoquait la béatitude d’un hypothétique au-delà. Même l’allegro dramatico contient un second sujet idyllique qui suggère plus la continuation de la vie que son terme, et la reprise du thème du premier mouvement en contrepoint des deux autres ne parvient pas à empêcher une conclusion en majeur.

Volume 4 : Quatuors 9-10-11



Le 9ème quatuor –pour les 20 ans du Quatuor Beethoven- en trois mouvements (si ce n’est que le deuxième est double), est le véritable « quatuor de guerre » de Myaskovsky. Par la lenteur inquiète de ses deux premiers mouvements, l’exploitation de motifs désolés dans des développements répétitifs reliés par des montées chromatiques, il rappelle la plus expérimentale et intime des symphonies de son auteur, la 13ème , et anticipe, en moins désolé, certaines techniques de la 11ème symphonie de Chostakovich. Les modulations ravéliennes de l’andante et le retour d’un fantastico-sussurando en section centrale épaissit le mystère que semble lever un instant le final, par la franche affirmation de son thème initial qui ferait presque croire qu’on se trouve devant un de ces exemples de « tragédie optimiste » chère aux exégètes staliniens, s’il n’y avait ces évocations de cris de foule, cette désorientation des quatre individus qui constituent le quatuor, aboutissant à un chaos dissonnant, à peine résolu par le choral ultime.
Le 10ème quatuor « sur des esquisses anciennes » est la réfection du quatuor de 1907, et succédant au précédent, il ne peut que décevoir, malgré quelques étranges allusions tziganes dans le vivo scherzando, trop proche du modèle dvorakien, trop conformiste et jovial jusqu’à sa coda triomphale et redondante.
Le 11ème « Réminiscences » partage avec le précédent le numéro d’opus 67, mais bien qu’il reprenne de brèves pièces pour piano des années 30 de caractère assez joyeux, il se révèle d’une facture beaucoup plus personnelle. Le début, assez britannique, fait place à des espiègleries qui ne seraient pas déplacées chez Prokofiev, et l’aisance bucolique fait songer à la sonate Le Printemps de Beethoven, comme si les réminiscences en question étaient plutôt l’évocation d’un monde perdu. On songe à Grieg pour l’accompagnement de l’andante, à Borodine dans l’orientalisme de la mélodie. L’allegretto à variations, très réussi, est une sorte de valse (qui finit en menuet) dont les élans romantiques sont sans cesse interrompus et contredits par un thème colérique. Les mêmes ruptures habitent le rondo festif et non troppo giocoso, rustique et d’esprit dvorakien malgré les dissonances, qui finit par s’éteindre sans véritable apothéose après un gazouilli d’oiseaux braillards.

Volume 5 : Quatuors 12 et 13



Le 12ème quatuor, dédié à Kabalevsky, surprend par son introduction sombre et sans tonalité, qui semble sans rapport avec le thème vif et souriant qui s’y enchaîne. On sent un effort vers la simplicité (« luminosité et réconciliation » dit la notice) mais une forte tension émotionnelle finit par balayer cette aspiration et la romance naïve sombre dans le drame qu’évoquait l’exposition, pour reprendre, avec une insouciance douloureuse. Le mode fantastico est devenu l’occasion de faire passer les élans les plus modernes, et l’ostinato du deuxième mouvement est prétexte au développement d’un thème très chromatique, permettant des variations d’attaque grinçantes: le trio lent et brumeux retourne à une veine atonale extrèmenent hardie. L’andante expressivo s’enchaîne comme un second trio, réutilisant en canon l’introduction désolée du premier mouvement, puis basculant dans un adagio des plus lyriques, sous-tendu par une ambiguité modale depuis longtemps oubliée. Involontairement peut-être Myaskovsky n’est pas si éloigné ici des atmosphères de Berg. Le finale tente d’apporter une atmosphère rustique, opposant un thème slave ancien au refrain de ronde désinvolte de plus en plus enjoué. Il reste, en contraste, cette ambiance mystérieuse de conte russe qui s’épanouit en trilles champêtres, mais laisse le dernier mot à un accord de quintes vides en harmoniques.
Si l’on excepte une révision de mélodies anciennes, le 13ème quatuor est le dernier numéro du catalogue de Myaskovsky, et avec les 3 dernières sonates et l’ultime symphonie, la réponse qu’il donna aux censeurs de 1948. Il fut créé par les dédicataires (le Quatuor Beethoven qui en a laissé un enregistrement) de façon posthume en octobre 1951. Le thème mélancolique on ne peut plus simple et sa contrepartie majeure sont rapidement développés en fugato dans une forme sonatine abrégée. Le mouvement vif est l’unique véritable scherzo du corpus, adoptant encore la formule du fantastique, une ronde d’esprits plus ou moins diaboliques qui cèdent la place à un trio dépouillé au rythme de marche funèbre ironique sur lequel miaulent des sanglots de violons. Lui succède un andante recueilli qu’on voudrait qualifier de religioso, qui s’élève d’une seule coulée, comme un chant de Noël, trouvant en son centre des couleurs atones qui magnifient le drame personnel. L’affirmation énergique du finale est entrecoupée de sections lyriques ponctuées par des ostinato dramatiques inattendus, et des descentes en quinte qui sont un dernier coup de chapeau à Moussorgsky et Borodine. L’esprit de synthèse de toutes les tendances qui ont traversé l’œuvre de Myaskovsky en fait avec le 5ème une autre récapitulation de ce que peut être la forme classique aboutie du quatuor au 20ème siècle, et la rapidité inhabituelle avec laquelle il se referme laisse l’auditeur confronté à un vide qu’on ne peut remplir que par la répétition de la même œuvre.

On serait bien en peine de choisir un seul volume de cet intégrale ; le plus représentatif de l’ensemble pourrait se situer dans le disque regroupant les quatuors 7 et 8, mais ce n’est pas suffisant. Si l’on peut se dispenser de l’écoute de quelques unes des symphonies, les quatuors de Myaskovsky représentent un jalon capital pour une appréhension plus exacte du développement endémique de la musique soviétique, car le meilleur de ce qu’il a transmis à ses contemporains s’y trouve, parfois sous la forme d’un véritable modèle, parfois seulement au détour d’une phrase, comme une intuition éphémère, mais qui continue de hanter, longtemps après, l’évolution de la musique pure. Mieux encore, une écoute de l’ensemble est susceptible de servir de guide à l’auditeur réfractaire au genre, qui peut sans doute y trouver la démonstration de ce qu’est une appropriation de la forme au sujet, et des clés qui feront office de passe-partout permettant d’entrouvrir des portes jusqu’alors condamnées.
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