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 Fred AUDIN Dans la chambre froide

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MessageSujet: Fred AUDIN Dans la chambre froide   Ven 9 Mar - 0:17

DANS LA CHAMBRE FROIDE

SENSIBLERIES



1. La maison dans les vignes


Dans la maison dans les vignes
Les trains toute la nuit défilent
La radio de mamie vibraphone du jazz
La fumée de l'usine en bouquets de nuages
Floconne sur le ciel aux astres clignotants
Je ne peux plus dormir dans le bruit des wagons
Quand le collier carré des fenêtres mouvantes
Charrie les vacanciers vers l'arrière-saison

Dans la maison dans les vignes
Des fantômes de pas parodient l'épouvante
On n'a presque pas le ternes d'avoir peur
On ferme à peine un oeil et c’est déjà demain
La boule orange et feu entre les branches des pêchers
Atterrit lentement sur le parquet ciré
De la chambre décolle le papier peint des murs
Jaunit les doigts comme le tabac qui s'envole
Dans les rideaux à fleurs qui imitent l'été

Dans la maison dans les vignes
Les cloches de l’église appellent au repos
Ouvrent en deux moitiés suintantes les fruits mûrs
Répondent aux grillons qui chuchotent en groupe
En cercle très fermé La nuit le jardin ouvre
Aux chats-huant aux poissons-lune aux pigeons-voyageurs
Qui se réchauffent au soleil des tournesols
Rehaussent le silence de leurs appels discontinus
Je ne peux plus dormir au loin les caravanes
Brinqueballant cahotent sur la nationale

Dans la maison dans les vignes
La forêt vêt les murs du salon de reps vert
Le piano aquatique abrite des grenouilles
Sous le regard condescendant du trisaïeul à barbe grise
Qui se détache avec d’infinies précautions
Du cadre pour fermer les fenêtres qui battent
Dans la nuit qui cavale il est seul silencieux
Les esprits malicieux ferment sur lui leur farandole
Je ne peux plus dormir Les tracteurs du matin
Entre les rangs fleuris dans la chaleur s 'étiolent
Il est cinq heures ce n'est ni l'aube ni la nuit
Juste l'été qui s’étire comme un chat docile
Dont l’œil miroite avant de s'assoupir repus


2. Intérieur

Eléphants d’ivoire et tigres d'ébène
Défilent sur le lac gelé
Dans la poussière on voit à peine
Les reflets sur la cheminée
De mes animaux pétrifiés

Gazelle géante et licorne naine
Dans une défense sculptées
Le nez allongé comme un fourmilier
Encornées de serpentins de carême
Fuient le chasseur noir aux sagaies cassées
La lampe-otarie porte sur son nez
Le soleil couchant éclairant la scène
Les remous du fleuve arrêté
Sous mes animaux pétrifiés

De marbre et de bronze la reine
Sous le palanquin incliné
Lit comme une bohémienne
Dans la boule à ses mains rivée
Le sort qui pour l'éternité
Veut qu’immobiles se promènent
Au-dessus de ma cheminée
Dans le miroir la longue chaîne
De mes animaux pétrifiés



3.Alangui je voudrais rêver
Allongé dans la paille humide
Contre ton corps je veux errer
Dans la chaleur de l'autre monde

Un pays qui commence aux frontières de moi
Extravagant mais exotique
Où rien n'est incertain même les mots qu'on boit
Où tout discours n’est que musique

Dans la moiteur sucrée des archipels arides
Etats sous haute dépendance
Je guiderai nos pas d'explorateurs timides
Pour qui tout aveu est silence

Pas de violence ni de heurts
Le brouillard qui succède aux drogues
Je veux me replier sans peur
Au creux du fus de la pirogue

Sur les lacs que tes mains ouvertes
Exposent aux soleils levants
Allongé sur la moisson verte
Je veux dormir jusqu'au printemps



4. J'allais triste et nu
Dans l'hiver venu
Je ne savais pas m'habiller le cœur
De blancs oripeaux
Collaient à ma peau
Vestiges glacés au vent des rancœurs

Je voyais les soirs
Succéder aux soirs
Sans pouvoir surseoir au triste manège
Des papillons bleus
Dansant sur mes yeux
Givre au fond du cœur par les jours de neige

Je mangeais sans faim
J'écrivais sans fin
Des mots déchirants sans destinataire
Je ne savais pas
Que le moindre pas
M'éloignait de ma course solitaire

Je buvais la mort
Noyant sans remords
Ma vie sans effort dans le premier verre
Fatigué de vivre
Fatigué d'être ivre
Trop mauvais acteur pour être sincère



5. Nuit et jour
Dans le jour qui m'éloigne de toi
Le petit jour pas bien levé obscur encor
Dont pendent les lambeaux aux gouttières des toits
Ce jour de quai de gare enveloppant mon corps
Qui me colle à la peau que je ne veux pas vivre
Quand je regarde loin vers le soir écoulé
La nuit qui t'appartient et défile à rebours
Au rythme haché des rails Ce jour lent mauvais rêve
Dont m'éveillerai dans le train du retour
En voyant le rideau du couchant qui se lève
Sur aujourd'hui qui sans toi fut du temps perdu

Nuit et jour
Dans la nuit sur mon désir venue
Pour guérir tous les maux aggravés par l'absence
Les plaies du corps du cœur et les plaies du langage
La nuit où je voudrais voyageur sans bagages
Me dépouiller de tout pour sommeiller toujours
Dans la nuit qui dessine sur mon oreiller
Des cités de Titans éboulées sous leurs arches
Des lagons où bercer nos cauchemars d'amour
Qui fait des champs carrés pour nos ambitions mortes
Qui parle avec ta voix Dans le train qui m’emporte
Et qui me fait songer à la minceur du jour
Ce jour neuf triste et gris que l'on a pris en marche



6. Avant toi j’étais mort
Je ne valais pas
Le clou sur la route
Le pneu incendié
La fumée d'un joint

Je n'avais dans le cœur
Que le musée des vieilles choses
Les livres empilés toujours clos par paresse
Les disques que je n'écoutais pas jusqu'au bout
Ces tableaux retournés centre le mur blanc sale
Par goût des collections
Que j'effleurais des yeux sans découvrir lassé
Aussitôt qu'ils étaient entassés dans ma chambre

Avant toi j’étais mort
Je mangeais par dépit
Je fumais par ennui
Fatigué que tout fût possible
Et rien désirable vraiment

Je n'avais dans les yeux
Que le petit matin de fer et de grisaille
J'écoutais le chant des oiseaux
Derrière les volets fermés
Pour savoir que le jour renaissait pour les autres

Je n'avais que des murs pour borner l'univers
J'habitais un quartier froid de la nécropole,
Mes draps étaient pareils aux dalles des tombeaux
Les voix qui m’appelaient
J'ignorais leur musique
Et pour passer le temps
J’inventais des chansons adressées au silence
Et je me nourrissais de l'orgueui1 d’être seul



7. Hôtel

Il y a dans le champ un tas d'herbe qui fume
Dans la chambre d'hôtel je fume j'herbe aussi
Les îles au soleil se noyaient dans la brume
Les rochers émergés brillent sous le ciel gris

Je me sens tout petit dans la nuit de bitume
Je me sens si puissant dans mon fauteuil assis
Dans les mots alignés où mon désir s'allume
Comme aux fenêtres loin les reflets de minuit

Car je plane sans but en papillon nocturne
Me heurtant aux carreaux de ce monde fermé
Aux parois du bocal où je suis désarmé
Magicien impuissant confiné dans son urne



8. Sables Brumes de sable
Rocs nus maisons brûlées
Soirs de glaise et de grès
Ciels roux et terres noires
Je vous devine à peine et je marche à tâtons
Aveuglé par le feu roulant dans mes yeux clos

Son ombre seulement me parle et je souris
Car le jour se brisait comme au reflux la vague
Le cœur de l'univers résonnait sous nos pas
Leur écho dans mon corps racontait les couleurs
Du temps du ruisseau vert des maisons sur le port
Que j'avais désappris de voir
Le beau comme le laid tout m’était lettre morte
Puisque je me sentais le fanion dans la brise
L'instrument de la dérision
Et la corde sur l'arc sans le trait ni la cible


9. Quand sur ma vie qui n'est que cendres
Le vent soufflera par ta bouche
L'oracle de ma dispersion
Quel oiseau mort aux yeux crevés
Chantera pour la renaissance
Les larmes sourdes du pardon
Quelle main maladroite et froide
Mêlera les reliefs de nos rires perdus

Et si mon corps n'est pas le blé vert sous la brise
Toi la boule roulée sur l'écran noir du ciel
Dans quel éclatement d'azur
Nous efforcerons-nous de croître l'un dans l'autre
Dans le pain mélangé de blé noir de la vie
Dans quelque fleur fanée que l’été bleu ranime
Ailleurs partout fatigués d'être en vain
Et voyageurs tous deux dans un temps sans aiguilles


10. Cette aube répandue sur la mer qui s'éveille
Ce vol d’oiseaux pareils aux bateaux qui s'en vont
Sur le miroir troublé du temps qui recommence

Ailleurs où que ce soit nous les retrouverons
Et le décors planté comme un mur de théâtre
Prendra de l’épaisseur dans les yeux d’or d’un chat

Je te regarderai du balcon de mon rêv
Le même arbre penché dansera sur le ciel
Je ne douterai plus de sa réalit
Car tu auras jeté comme une brassée d'astres
Dans le sillon de mon sommeil la certitude

Que pour toujours même égaré je serai deux
Quitte à changer de lieu de corps et de langage
L'esprit délié des fers de notre incarnation


11.Je marche dans la ville
Et je bande en pensant à toi
Je bande d'abandon
Je bande du bonheur
De m’être abondamment donné

Loin dans d'autres banlieues
Je traverse le centre commercial
C’est samedi après-midi
Il fait chaud les enfants pleurent
Les hommes et les femmes
Ont le visage fatigué des travailleurs du stress courant
Je plains leur agitation de bêtes soucieuses
Je les entends gémir lorsqu’ils frottent leurs yeux
Et je lis le désir s’éteindre dans leurs rides

Soudain autour de moi quand je reprends conscience
La foule des passants s’est retirée
Les six branches de la place de l’Europe
Me dispersent vers d'autres déserts
Dans l'un des parcs clos en triangle
Il y a un rosier que Manet a dû voir
Que je contemple tous les ans
Et ses premières fleurs sont mes dernières larmes



12. Amour toujours joli charmante marionnette
Combien d'heures perdues à vous imaginer
Amour toujours si laid dans la réalité
Pourquoi existez-vous en dehors de ma tête

Je voudrais vous salir avec mes mains qui saignent
Vous user en pissant sur votre cœur de zinc
Mais vous vous retournez et d'un revers de baigne
M’envoyez valdinguer jusqu'au seuil des bastringues

L’inaccessible seul stimule mon désir
Que ne suis-je l'enfant du cinéma muet
Qui voyant s'embrasser des acteurs désuets
Grimace en murmurant « Bah ça me fait vomir »


Dernière édition par Sud273 le Sam 11 Juil - 14:44, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN Dans la chambre froide   Ven 9 Mar - 0:24

13. La mèche de coton brûla
Le sang perlait à mon bras nu
Sa bouche collée à mon sexe

Dans la salle aux poudreux gravas
Nos corps crayeux sont devenus
Au tableau noir nombres complexes

Dehors les orphéons jouent mal
Des hymnes de bourgs désertés
Restons ensemble jusqu’au jour

Les vedettes sur le canal
Des flics par la peur escortés
Egrènent mes chansons d’amour

Voici la berceuse immobile
Qui convient à mon cœur flétri
La mélodie aigre du manque

Quand la nuit est douce et facile
Et que l'on n’a pas fait le tri
Des beaux jours qui restent en banque




14. Cette nuit je voudrais pleurer
Les larmes que n'ont plus mes yeux
Ce qui meurt c’est son image en moi
Le portrait que je m'étais fait seul
Ni lui ni moi pourtant quelqu'un qui nous ressemble

Rien ne saurait valoir une nuit sans sommeil
Tu ne m'aimes plus je m'en moque
Alors pourquoi la comédie du jour levant
La cérémonie des adieux dans l'alcool
Le mensonge de ta douleur
Le baiser esquissé échappé à tes lèvres

Puis-je tirer un trait qui déferait hier
Je peux oublier les phrases prononcées
Mais non me garantir de l'ironie de l'avenir
De ces mots innocents attachés à ta bouche
Comment réduirai-je au silence
Ce morceau détaché de moi que tu construis
Ce membre gangrené qu’il faut que l'on arrache

La gangrène est en moi
C'est le nom de mon amour
Je ne renais jamais que semblable et infirme
Réclamant la douceur de la consolation
La torture de nouveaux refus


15. Je ne dormirai plus
Je mourrai seulement
De ne pouvoir fermer mes yeux bouffis d'alcool
Ni mes membres bleuis par la peste qui couve
Tout mon corps sec vidé de sanglots inutiles

Je ne dormirai plus
Je vivrai de semblants
Je travaillerai du bras gauche
Je fermerai les yeux pour être près de toi
Si des mains inconnues veulent toucher ma chair

Je ne dormirai plus
Je veillerai sur toi
Sur ton sommeil qui croit me chasser de tes rêves
Sur tes mains qui me repousseront encore
Quand je voudrais me rassurer par ta présence

Je ne dormirai plus
Je prendrai des pilules
Roses vertes et blanches pour mourir un peu
Jusqu'à ce lendemain qui n'arrive jamais
Où tes bras s’ouvriraient à mon inexistence
Où je pèserais la solitude dans tes paumes
Nos fardeaux réunis

Je ne dormirai plus
Je déteste les rêves
Et je voudrais tenir pour instrument d'union
Dans mes poings moins tremblants
L'arme qui percera dans le mensonge d’être
Le trou par où le monde se vide de toi
Et de ce qui brillait dans ton ombre portée






16. Séparation

La même nuit aura le ventre plein
Versera doucement le mal dans mon sommeil
Exultera de l'inertie de bête morte
Du corps brisé où l'esprit vague et si peu veille

Je te dis tous les mots qui éloignent
Je prétends ne pas faire de déclarations
La joie le désespoir à la gorge m’empoignent
Le silence est leur expression

Nous existons chacun pour soi
Dans l'autre rien à reconnaître
Nous nous lassons du plaisir répété
Et nos mots sonnent aussi faux
Que les accents de la renifle
Au lendemain d'un jour de fête

Quel regret ne jamais chanter
Et pareil à l'enfant dans le bois de sapins
Jouer avec les formes du destin
Avec la vie en vain
Vidée comme un lavabo qu’on débouche

La douleur s'est lovée dans mon ventre et s'étire
Ses bras flous de fumée ralentissent mon cœur
Elle bat dans mon sang
Egrène les secondes
Arrache les pétales de cette fleur fanée
Notre séparation




17. Rien L’écho des brisants le ressac
L'instant inanimé qu'on élude
Les apparences non fondées le bric-à-brac
Tout qui meurt dérisoire et semble encor prélude

Entre nous les siècles de glace
Pour moi le sommeil des forêts enchantées
La ruche de la vie qui toujours se déplace
Autour de mes chambres hantées

Je ne te chasse pas tu refermes le vide
L'empreinte de tes doigts sur le verre ébréché
Contient demain comme la goutte translucide
Sur nos lèvres sitôt séchée




18. Rapidité de tout quand plus rien ne nous reste
Que ce désert de vert et gris
Pistes où les avions décollent
Que ce désert de blanc et bleu
Espace vers quoi l'on s'envole

Rapidité quand rien ne retient plus nos gestes
On passe en un instant
Du pays froid des pleurs au pays chaud des larmes
Comme tout nous désarme
Et l'on reste le cœur battant

Or je partais ou bien je revenais
Comment savoir
La mer roulait ses marbres
Sous de froides aurores
La brise balançait dans les branches des arbres
Les bourdonnants essaims des mouches de la mort

J’étais indifférent à tout même à l’horreur
Des lendemains plus vides que ne sont nos cœurs
Et je voulais avec des courses harassantes
Fatiguer le désir comme on trompe l'attente



23. Prière

Oh que sur l'horizon la barque chimérique
Ne disparaisse pas et nous serons heureux
Donnez-nous les rameurs des vaisseaux oniriques
Et les cyprès funèbres sous le ciel si bleu

Cet automne apportant d'autres fruits que le doute
Pour mieux nous aveugler un soleil plus radieux
Et la septième étoile éclairant notre route
Dans l'âtre abandonné où s'éteignaient nos feux

Versez-nous la liqueur pour l'oubli des rancunes
L'amer philtre effaçant hier demain aujourd'hui
L'existence réglée par le cycle des lunes
Epargnez-nous aussi les serments de la nuit

Conservez-nous le cap sur cette île entrevue
Rivage défendu par brisants et récifs
Pour nous qui voyageons tant bien que mal à vue
Assoiffés et fiévreux sur nos frêles esquifs


Dernière édition par le Lun 19 Mar - 0:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN Dans la chambre froide   Dim 18 Mar - 23:57

UTOPIES

1. Rouge sang l'hibiscus et les pâles ombelles
Des fleurs adultérines de la destinée
Traçaient sur le soleil des torsades nouvelles
Et des taches de vin sur nos peaux calcinées

C’était dans le pays où meurent les Chimères
Où se boit sans souci l'eau sombre du Léthé
Où l'on mâche avec joie la coca et l’amère
Liqueur de citron vert distillée par l'été

D'un geste las nous repoussions ces nourritures
Enviant les voiliers par la mer agités
Des deniers de Judas j’achetai l'aventure
Au crédit je jugeais d'emblée sans hésiter

Volage et invalide aujourd'hui je regrette
Tous les ciels oppressants dans l'acier blanc noyés
Les allées du jardin font d'austères arêtes
Et les marbres rongés sont trop bien nettoyés

*

Irons-nous méditer dans le jardin de pierres
Contempler l'univers immobile et serein
Et l'orbite figée des astres métalliques

Nous voyagions à la périphérie des sphères
Jusqu'alors nous n'avions visité que nos poches
Et nos corps irrités dressaient autant d'obstacles

Nous suivions dans l'azur des yeux mais point de l’âme
Les envols migrateurs des oiseaux de l'exil
Sans pouvoir atteler nos chariots aux comètes

Et lorsque la lumière intérieure mourait
Nous nous retrouvions seuls au cœur de chambres vides
Dans des palais glacés recouverts par les eau



2. Je voudrais revoir les îles de lave
Où j’ai laissé mon petit cartable de collégien
Les lettres éplorées de mes amours de tête
Et les bourgeons violets des printemps pourrissants

Je voudrais retourner dans les villes de cendres
Sous les coupoles bleues des métropoles neuves
Dans le verre et l'acier des ruines d'aujourd'hui
Dans les hôtels de passe où j'ai laissé mon sac
De marin voyageur égaré dans les terres

Moi qui n'ai pas bougé plus qu’un roc sur la rive
Un loir en son terrier par un hiver de gel
Je voudrais m'en aller où il n'est rien à faire
Que regarder tourner les oiseaux prédateurs
Et les hommes danser leurs ballets de fantoches

Je suis trop fatigué pour découvrir encore
Je voudrais seulement retrouver les lambeaux
De non petit cartable de cuir
Et les lettres brûlées de ceux que j’ai trahis



3. Je n’irai jamais à Punta Ala
Où les chiens ont des museaux en cônes
Pareils à des joints stylisés
Et des queues en clous de tapissier
Au bout de leur maigre squelette

Leurs maîtres esseulés traînent dans la pinède
Foulent les escaliers qui mènent à la mer
Entre les blocs modernes de la marina
Laide avec ses immeubles bas
Les chiens de Punta Ala
Anguleuses marionnettes
Sur les panneaux d'interdiction
A l'entrée de la marina
A l'orée de ce bout du monde
Peuplé de richards en vacances
Un peuple réuni à l’écart des campings
Qui n'a pas droit aux chiens et fait fort peu d'enfants



4. Il y aura le rythme et le temps élargi
Un battement étranger au cœur
Il y aura des feux et de pleines aiguières
De la glaise à faire les statues
Il ne nous manquera que l'air

Dans les dunes salées sous l'orage de sable
Les oasis de toile accosteront des quais
Bordés de cactus nains de pourpier des déserts
Et je ne saurai pas que coulent des fontaines
Un lait de plante grasse écrasée dans la main
Que brillent des colliers à la noire encolure
De celle qui dit "non" et "oui" et "je le sais"

Sous un dais noir et feu brodé d'argent liquide
Elle attend avec la sérénité des bêtes veules
Elle a mis des flambeaux à l'entrée de la case
Et le couvert pour six au banquet des adieux


5. L'auberge du serpent-qui-fume
Barre à moitié la route au lieu-dit « sans souci »
La serveuse a la lèpre et ses enfants malades
Perdent leurs doigts dans le repas des voyageurs
La pension n'est pas chère et la paillasse est fraîche
Lorsque l'on a sué dans les mines de plomb
Le salon décrépi enjambe la frontière
Dans le jardin devant s'effeuillent des pavots
On est prié de sortir par le cimetière

A l'auberge des boit-sans-soif
Des chat-huant des corps perdus
On a pour s'abriter trois planches de guingois
Et l'ombre calcinée de la montagne noire
Il est toujours cinq heures le thé est mauvais

Ce casino de pacotille
Les chercheurs d'or l'ont délaissé
Ils ont mangé leur pain de pierre
Avec des femmes à volants
Ils sont fîché comme des clous
Dans le parquet où l'herbe pousse
Des mannequins de cire molle
Aux yeux et aux membres fondus

A 1’hôtel du scorpion-qui-danse
J'ai ma chambre au numéro treize
Mon nom est gravé sur la borne
Le lit est un peu dur mais j’ai payé d'avance

A l'hôtel des faiseurs d'orage
Des passeurs de vent des marchands d'oubli
On se rate toujours de peu mais ça suffit
On n'a qu'un mauvais drap pour s'habiller de blanc
On y vient seul et nul ne parle
On peut se reposer sans que rien vous réveille
On peut jouer en paix du trombone et du bugle
La nuit ne vient jamais et les voisins crient peu



6. A force de marcher sur le bord des canyons
Nous voici à l'endroit où se perdent les fleuves
Où les arbres-totem hantent le marécage
Parés de feu-follets qui sont leurs fleurs éteintes
Là nous dressons le camp

Explorateurs armés de couverts en fer blanc
Nous allumons des feux pour chauffer nos conserves
Avec les pages arrachées à nos livres secrets
Nous tapons sur le dos des casseroles des gamelles
Pour éloigner les lions car les serpents sont sourds
Nous contons dans la nuit des histoires idiotes
Rire pourrait nous réchauffer
Et nous échafaudons des sociétés fragiles
Dispersées par le poids d'une aile de fourni

Nous avons emporté nos moulins à prières
L'alcool notre sorcier nous fait du cinéma
Sur la toile des tentes où dorment nos doubles
En veilles alternées Nous oublions les langues
Pour mieux garder le camp

Des sauvages vêtus en costume-cravate
Des hordes qui galopent à dos d'éléphants
Nous bombardent avec des avions en papier
Promettant le supplice à ceux qui les attrapent
Nous défendons le camp

Car le matin se lève et la faim nous tenaille
Le café refroidit dans la salle à manger
Des hôtels apparus dans nos plus mauvais rêves
Nous remâchons le temps perdu notre poison

Le pain perdu jeté aux oiseaux qui s'égarent
Jusqu'à ce que nos besaces soient vides
Puis nous levons le camp

Ceux qui ont survécu nous demandent des comptes
Nous n'avons à offrir que nos poches percées
Le ciel de plomb fondu qui incendie nos têtes
Ici s'achève le voyage organisé
Dans les chiottes de l'aéroport j’avale
Les pilules contre le mal de l'air la poudre
Blanche échangée contre un bijou clinquant
La plaque qui porte mon nom mon matricule
Au cas où j'oublierai en faisant mes bagages
De remballer le corps qui m’apportait ici


7. Cette ville est le plus sûr asile
On n’y est protégé de rien
Les miliciens flingueurs
Retournent contre nous
Les armes censées nous défendre
On fait la course avec les plombs perdus
Les visages des gens ne vous regardent pas
Ils n'ont pas d'yeux pour voir ni de mots pour parler
On vit dans l'ignorance on meurt dans l’égoïsme

Sur le zinc blanc des bars
Nous façonnons le monde
Il ressort toujours pire
De nos verres vidés
Celui que je connais est le meilleur de tous
Car il n'a aucun sens
Je suis issu de sa substance
Mon seul engrais fut son fumier

Cette ville est le plus grand marché
Tout y dort étalé à portée de la main
La faute à qui ne sait pas prendre
Et demeure transi sous les néons frileux
Car il fait toujours froid et nos quatre saisons
Sont la prolongation des longs hivers polaires
Nos nuits durent plus que les jours
Les passagers au bastingage
Clignent de l'œil vers les fenêtres
Le ventre chaud d'espoir trompé

Cette ville est un croulant musée
Sous elle son passé fermente
Entre les murs des cimetières
Qui font des villes à nouveau
Comme autant de hordes d’insectes
Dégringolant de la colline

Je m'y suis installé dans un décor cossu
Au rendez-vous des imbéciles
Hôtel meublé toujours complet
La porte ferme mal ça crie dans vingt-trois langues
Je n'entends rien à leurs dialectes
Et eux n'ont pas le temps de m'apprendre les gestes


8. Je suis revenu du pays sans mer
Dans des bateaux rouillés
Sur le cargo "Regrets" rongé par les vents chauds

Je suis revenu des colonies de sel
Aux arbres bleus de sang
Les murs tremblaient au passage des camions
Les facteurs et les flics frappaient seuls à ma porte

Je suis revenu des patries du désir
Le cœur haché menu
Pour la curée des chiens de l'avenir

Sans doute je reviendrai de la mort
Un linceul déchiré formera ma chemise

M'accompagneriez-vous pour ce dernier été
Malgré tous les châteaux qu'il vous reste à construire
La vie qui tourbillonne et vous emportera

Vous allongeriez-vous dans la chaleur languide
Pour vous habituer à ma disparition
Quand mon corps sera devenu cassant comme le verre

Me diriez-vous les mots que je n'ai pas souhaités
Et sauriez-vous me mortifier avec vos rires
Comme avant l'on aimait à se blesser par jeu

M'accompagneriez-vous comme on suit les cortèges
Dans d'anonymes limousines de cérémonie
Nous chanterions nous danserions comme à la fête

Je vous laisserais seuls partager mon chagrin
Poseriez-vous le pied sur le cargo funèbre
Où je m'embarque avec les mariniers fantômes


9. In Paradisium

Dans les paradis de la lune
Il y a des mers pour le désert
D'autres lumières que le bleu
Qui oblitèrent le soleil
Des croissants et du miel au petit déjeuner
La forme qui est un but à nos quêtes
Mais pas la main de Dieu
Ni le vol lourd des astronautes

Dans les paradis de V6nus
Il y a le chant des sirènes
Le sabbat des sorcières sur le mont pelé
L’argent qui pourrit le plaisir
Les somnifères lactescents
Mais surtout pas l'amour
Qui s'est ouvert le ventre avec ses flèches

Sous les alizés de Mercure
On extrait le métal au litre
Il se fractionne en billes ailées
En infinités de planètes
Habitées autour des volcans
Qui expulsent dans un hoquet
Les novas vers les univers
Où la vie n’est que minérale

Dans les paradis de la terre
Il y a de l'eau à plus soif
Du sang et des graviers sur la voûte du ciel
Des champs de croix et de rosiers
Des théâtres de pantomime
Mais pas de vérité pour rassasier nos faims
Rien que fragments enchevêtrés dans les miroirs des télescopes
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN Dans la chambre froide   Ven 23 Mar - 15:41

PERFIDIES


1. Nous parlons la langue à l'envers
Des éveillés et des noceurs
Nous ne vidons jamais nos verres
Toujours trop pleins comme nos cœurs

Nous regardons de notre lit
Mourir les enfants de la Chine
Tout ce qui est loin nous ravit
Nous voyageons dans les machines

Nous accordons foi aux mensonges
Colportés par notre ignorance
Nos livres contiennent le monde
Que de progrès quand on y pense


2. Au turf

Le train du petit matin me sépare
En deux parts chacune ennemie
Le train de la petite nuit construit
Ces personnages ovipares
Plus raides sang froid et contrits
Ignorants de toutes mes tares
Garants du souverain ennui

Maigre sérieux petit salaire
Cinq jours par semaine on consent
A ressembler au fonctionnaire
Que l’on est le reste du temps

Ainsi je reprends 1'uniforme
Pas dessaoulé entre deux vies
Nageur dans la goutte de pluie
Difforme



3. Cinq heures la nuit n’est pas franche
Le brouillard neige dans les yeux
De ceux qui n'ont pas de dimanche
Au comptoir du bar des adieux

Ils réchauffent leurs doigts de pierre
A la vapeur de leur café
Rougeauds sales et l'âme fière
Clopin-clopant mal attifés

La nuit les broie le jour les brise
Ils n'ont que propos indigents
Devant les gens qui agonisent
Nous on fait les intelligents

Les cadres cul serré démarche
De mecs dressés par le dégoût
Sautent de leurs wagons en marche
Faut trimer dur pour le ragoût

Plus de misère que du drame
Dévorons-nous par ambition
Le beau spectacle messieurs-dames
Ce chantier de démolition

Chacun sa croix chacun sa crise
Dans l’esprit chacun son agent
Moins d'entregent que d'entremise
Nous on fait les intelligents


4. Elle a le visage taché
Ouvert comme un marron qui craque
Les cheveux repliés en nattes
Sous son turban orné d’un soleil tropical

Ses joues sont lacérées par les griffes des tigres
Les ongles des sorciers les ont fendues en deux
Un vieux lion a croqué ses oreilles sans lobe
Qui forment maintenant de fragiles dentelles
Petits lambeaux de chair pointes de tentacules
Déchiquetées où pendent des boucles en toc

L'enfant emmailloté sommeillant dans son dos
Porte déjà la marque des stylets rougis
Une croix de toile empesée
Soutient mal ses seins qui s'affaissent
Sur son nez les épingles des mâles
Ont tatoué l'épaisse ligne bleue
De son appartenance

Le métro la secoue
Son rire fait froncer le sourcil des gens bien
A qui l'on n’a pas dévoré le visage
Dont l’expression se fend jusqu'à de vraies oreilles
Mais qui ne rient jamais qui vivent dans la nuit
Qui sont gris noirs et verts toujours vêtus de deuil
Qui n'ont pas sur leur tête le soleil jaune
Sanglant et déchiqueté du souvenir



5. Au jeu des ombres sur le mur
Qui étions-nous dans l'autre vie
Pleurions-nous sur les mêmes fleurs
De froids sanglots de crocodile

La main du magicien de l’aube
Nous a projetés par hasard
Dans cet univers de papier
Où nous errons sans consistance

Parfois nous nous croyons vivants
Et par le trou de la serrure
Nous regardons avec effroi
D'autres mondes en formation

Là-bas aussi le ciel est noir
Comme un écran de cinéma
Quand le film n'est pas commencé
Mais qu’on a éteint les lumières


6. Chant des couteaux

Les bâilleurs dans la nuit balancent
Leurs pas latins d'éléphanteaux
Par la musique et par la danse
Célébrons le chant des couteaux

Les badineurs qui noctambulent
Somnolents las vont sans dessein
Semer des serments majuscules
Sur le sentier des assassins

Qui cherche la bonne fortune
Etendu dans le caniveau
Dans les nuits de la pleine lune
Célébrons le chant des couteaux

Par nombre pair ils s’acoquinent
Pour le plaisir toujours quelqu'un
Dolent ou noceur se dessine
Sur le chemin des assassins

Va divagant suivre leur trace
Dans les mâchoires de l’étau
Gibier qui crois partir en chasse
Célébrons le chant des couteaux
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN Dans la chambre froide   Ven 23 Mar - 15:43

CRANERIES



1. Après avoir bu le poison qui fait rapetisser
Je me suis faufilé par la serrure au nez rouge
Par ici ou par là le chemin est le même
Le seul à m’égarer conduit à la maison de mon repos

A mesure que je marche vers le lieu du rendez-vous
Je sens que les poils me poussent
Ma voix s'éteint
Car le char de Chester m’a castré
Avec son sourire suspendu dans l'arbre

Un peu plus tard je bois trente-six plantes d’oubli
Et j'ai perdu le nom de l'ombre que je cherche
Je tiens serré dans la main gauche un bout de voile déchiré
Devenu plus petit qu'un timbre-poste
Où son portrait tracé s’efface à la lumière

Je suis nu maintenant dans la forêt des mères
Je n'ai plus besoin des reliques
La reine me déchire en habit d'as de pique
Car j'ai battu le roi au rami marseillais
Bientôt je suis couché sous le champignon vénéneux
Le bout du narghilé pénètre dans ma bouche
Serein je resterai là dans l’œil du cyclone



Les jours seront assurément étranges
Quand miaulent les crapauds et qu’hululent les chats
Certaines nuits dans mes cauchemars d'opiomane
Je te verrai à travers les lianes des ficus
Bras chargés de serpents poitrai1 nu

Tu me tendras les mains et je devrai choisir
Quel fruit donne la mort lequel porte la vie
Et je me tromperai quelque soit mon désir

Je sortirai tout plat du tin de mon miroir
Son eau dans mes cheveux coule les fils de l'âge
Les éclats aiguisés de ma prison étroite
Entreront dans ma chair
Quand je tendrai la main vers la sortie du puits



2. Son ombre est sur mes murs
Aussi la mienne
Bougeant avec les diodes de l'ampli qui me regarde avec ses yeux de pierre
Rouges et gris
Avec son front d’acier aux chiffres bleue phosphore

Ses ongles blancs cliquètent sur le toit de zinc
Ses cris la nuit n'ont jamais la même voix
Dans ma rue devant le commissariat
Ses habits sont les rideaux de mon âme

Quand je suis seul je l’entends rire
Frapper des coups dans le piano
Monter la gamme à la guitare
Ouvrir les tiroirs à secrets

Son agitation me fait peur
Je tremble à chaque courant d'air
Alors je mets de la musique
Pour ne plus sentir dans mon cou son haleine
Et je m’endors

Au matin quelqu'un a rangé ma chambre
Posé mes pantoufles sous le radiateur
Et son silence est pire que mes cauchemars
Quand je sens sa présence et que rien ne répond

Il faudrait se tuer pour que l'ombre s'en aille
Ne tende plus les bras par les lézardes de mes murs
Cesse de haleter au bout du téléphone
Et d'inprimer son corps en creux sur mes draps blancs



3. Il flotte des lambeaux de chemise aux fenêtres
Entre les barreaux des salles d'eau étroites
Le linge n'est jamais que gris-beige et humide
Des poissons argentés nagent sur les carreaux

Les thermes ont fermé et l'on respire à peine
Entre les murs chaulés de nos prisons malsaines
Sous la buée je vois l'arrondi d’une épaule
Dans le miroir taché de noir aux coins cassés
ça pue le parfum cheap et les relents de chiottes
L'animal confiné sous son maillot à trous

C'est l’été des chiens chauds et des faiseurs d'orages
Des morts d'épidémie sous le soleil plombé
On a collé du scotch aux rebords des fenêtres
On a appris à ne plus respirer à fond
Dans la ville du bas les soldats en chemise
Attaquent les convois de vivres de tabac
Les femmes qui s'en vont coiffées de sacs plastiques
Vers le quartier du port où s’échange l'argent
La mer évaporée n'a laissé que des flaques
Saumâtres où dérivent des tétards mutants

La cité des écrans abrite le marché
Le gibier jeune est servi frais avec ses chaînes
Fatigués par les jeux les enfants se déchirent
Leurs talons sont armés des ergots de combat

Des trains partent parfois la foule hante les gares
Les jambons les fusils encombrent leurs bagages
Et leurs mains décharnés s’agrippent en tremblant
A la cage d'acier de leurs chiens de combat

C'est 1'été des rats morts et des soigneurs de peste
Les prêtres défroqués prient des messies aveugles
On leur perce le coeur à coups de tournevis
On danse sur leur corps en priant les démons

Les parleurs d'autrefois sont devenus guerriers
Les princes renversés vendent leur cul au poids

Mon sac de toile bleue sourit au pied du lit
Je sonpe à la valise en cuir mou de mon père
Couverte d’étiquettes des hôtels allemand

Je voudrais retourner dans la chambre froide


4. Dans la morgue en carton de Trouducul-city
Sous les murs bitumés que le soleil fait fondre
Je suis allé rendre visite au cadavre de mon père

On l'avait enfermé avec les yeux ouvert
Dans le coffre de plomb des morts dépidémie
J’avais passé la nuit dans un bar à gitons
On m’avait délesté du liquide et des chèques
De faux flics de vrais skins sortant de discothèque
M’avaient laissé gisant au milieu des piétons

Le gardien aux baskets blanches tachées de sperme
Le remit dans son sac avec des gants d’amiante
Je lui dis c’est cela les mêmes chairs tombantes
Ses yeux de noyé bleu Il répondit : « on ferme »

Je me suis dirigé vers la place aux fontaines
J'ai jeté quelques sous au marchand d'illusion
Et le poison de sable est entra en fusion
Rendant à mon corps froid sa forme presque humaine

Sans la poudre d'éternité je vais tomber
En poussière de plâtre au prochain carrefour
Sniffé par des camés aux narines de cuir
Et je voudrais rêver une autre nuit d'amour

Au Magic cinéma je trouverai le flic
Qui me fera danser au bal des assassins
Du bout de ses couteaux énucléant mes seins
M’exhibant humilé dans les parkings publics

Je le dépèce comme un lapin qu’on retourne
Je découpe des lambeaux de peau tatouée
Pour les adjoindre aux pièces de ma collection
Entre les tigres blancs les serpents et les roses



5. Coupé le bout de pellicule
La scène où les amants calculent
Le cour d'éclat de leur fiasco

Coupés les blés sous la faucille
Coupés les boeufs dans la charmille
Coupée la queue du chat qui chique
Du chat qui miaule en javanais

Coupés les cheveux blancs en quatre
Coupée la main de coeur aux cartes
Coupées les pattes de la mouche
Coupé l'arbre au ras de la souche
Coupé le beurre avec le fi1
Coupé le fil du téléphone
Tranchée la vie comme un citron,
Coupée la tête du clou plat
Le cou du coq et les caquets
Au clap du fil des longs couteaux
Coupée caboche



6. Et maintenant dis-tu
Pour la nuit qui viendra
Se tourner vers quelles chimères
Vers quelle fin hâter ses pas
De voyageur déçu
En transit sur la terre

Se pendre à quelle croix
Se prendre tous les jeux
Marcher toujours aveugle et fourbe
Fourbu courbé cassé en deux
Et blessé de surcroît
Se fondre dans la tourbe

Dans la boue des chemins
Touiours battre de l'aile
En pensant s'envoler d'un bond
Vers le vide qui nous appelle
Plus loin vers le matin
Percé par le soleil des plombs




7. Couché
Je mourrai étendu
Couché
Pareil que j'ai. vécu

Tous ceux
Qui croient tenir debout
Piteux
Pataugent dans la boue

Assis
Sur le bord du trapèze
Je suis
Moitié homme un peu chaise



8. Je suis malade
Mon hôpital est blanc
Je suis malade
Des cargos gris vont divagants
Bousculent de vives lucioles
Dans ma chambre souffle le vent
Et tous mes vêtements s’envolent

Je suis tout seul
Je suis tout nu
Mon drap de nuit est blanc
Le lit a des barreaux d'acier
Froids comme les bras bleus des mortes
La lune au profil émacié
Glisse lentement sous la porte

Je suis éteint
La nuit est blanche
Je suis éteint
Comme une étoile disparait
Comme 1’ampoule de la lampe
Clic clac arrêt
Les spots ont grillé sur la rampe

Je suis malade
Mon univers est blanc
Je suis malade
Malgré l'air ingénu du matin
La vie qui recommence ailleurs
Avec ses bruits de bus de train
Avec le vent pour niveleur
Avec la nuit dans la mémoire
Avec son noir de ventre avide
Avec son vide que j’entends
Le frottement des herbes fol!es
Dans un ruisseaux de froid printemps
Le battement de lucioles
Des feu-follets sur les étangs



9. Je hanterai dorénavant
Les couloirs nus des hôpitaux de brique
Dans l'odeur de 1'éther pour rêver à la mort

Ceux qui viendront
Auront les lèvres bleues la peau trop pâle
Et leurs baisers le goût pourri qu’ont les reg,ets

Je ne me plaindrai plus
Ils offriront ce que les autres toujours refusèrent
L'amour létli et meurtrier et maternel

Je boirai leur sang noir
Nous clouerons des couronnes d'épines
A la porte des survivants

Nous nous reconnaîtrons
A la peau désséchée pendant de nos squelettes
Nos yeux froids seront nos crécelles de lépreux




10. Bientôt je serai mort
Et la nuit inchangée tombera sur mes cendres
La mer emportera les bateaux loin du port
On fermera la porte de ma chambre
L'arbre continuera de croître
La ville de grandir
Obstinément la vie s'efforcera de naître
De forger tout ce qui destiné à mourir
Apparait pour mieux disrparaître

Bientôt je serai mort
Et le désordre cessera
Plus fort assis au sommet
De la pyramide absurde
Dont les escaliers s'incurvent
J'épierai tête en bas
Les convulsions des univers
L'écartèlement de leurs bris
L'implacable de l'accompli
Et l’inutilité de ce qui reste à faire



11. Cette nuit j'ai rêvé de la petite chambre bleue
Que j'occupais à l'asile de Rennes
Du lit de fer mal peint en blanc
Où je ne dormais que d'un oeil
De l'autre lit vide à côté
Où se reposait mon fantôme
Je lui parlais souvent le soir
Il terminait mes repas

Cette nuit j'ai rêvé de la fenêtre aux barreaux noirs
Qui donnait sur l'impasse sale
Où les soldats pissaient leur bière
Je me suis souvenu de la paix du petit matin
Des oiseaux qui chantaient pour faire venir l'aube
Des fenêtres au loin qui s'éteignaient avec le jour
De mon étonnement devant la douceur d'être
Car j'étais convaincu que je mourrai bientôt

J'étais là sans passion sans joie sans inquiétude
Logé nourri blanchi servi comme àl’hôtel
On s'occupait de moi quand je n'allais pas bien
Encore une fois j’ai raté le coche
Et j'ai souri quand on m’a dit :"allez-vous-en"
Depuis je n’ai jamais pu poser ma valise
Ailleurs que dans les trains et les salles d'attente

Je cherche en vain un lieu où je serais chez moi




12. Cette ceinture qui me coupait en deux
Moîtié homme moitié esprit
Ni bien vivant ni vraiment mort
Je l’ai nouée à la branche haute
A la poutre maîtresse de la maison
J'en ai tressé le cuir pour qu'il soit plus solide
Mes chambres étaient pleines de bouquets trop frais
De roses sans épines
Comme il n'y en a pas dans la vie
Leur parfum mensonger ressemblait à mes songes



13. Ironie du sort


Le pire dans la vie c'est qu'on s'y habitue
On n'a pas eu le temps de dire "j'en veux pas"
D'apprendre à espérer que ça fera moins mal
Ou qu'on saura un jour se faire plus mal qu'elle
En s'attaquant le corps puisqu’on nous noue l'esprit
Qu'on est aseptisé pour nous garder longtemps
Qu’en pensez-vous numéro tant?

On a de bons copains
De vrais et de faux-frères
On se ferait scrupule de les attrister
Quand on est jeune on croit le chagrin éternel
Ils nous tiennent la main qui porte le poignard
Puis on s'assoit près d'eux mais l'on ne parle plus
Parce qu'on a passé l'age des beaux dîscours
Chacun se fait son lit avec ses préjugés
On tient ses convictions au chaud
Qu'en pensez-vous double zéro?

On commence à chérir cette pauvre enveloppe
Si résistante à la douleur
On considère avec tendresse son ventre naîssant
L'argent est devenu facile
On n'a plus peur de se salir les mains
On se défend de tout avec des flots de bile
On s'éveille un matin et la peur est assise
Avec le chat sur le bureau
On n'avait déjà pas le courage de vivre
On a perdu jusqu’à l’ambition de mourir
On arrête l'opium et la vodka champagne
Que pensez-vous que l'on y gagne?

Le piège c'est vieillir le coeur se liquéfie
On recommence à forger des chimères
On se croit revenu à l’âge des discours
Bon à n'importe quoi utile à quelquechose
Tous les amis sont morts et l'on dure tout seul
Les journées sont devenues pleines
On dort moins pour regarder mieux le temps passer
On ne lit plus que les journaux
Et l'on freine des quatre où l'on piquait des deux
Que pensez-vous qu’ il advienne?
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