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 Fred AUDIN L'été Marin

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MessageSujet: Fred AUDIN L'été Marin   Mar 6 Mar - 0:20

I- L’ETE MARIN


FEUX



1. Le vent viendra
Il aura chassé le soleil
Et jusqu'à l'ombre du soleil dans tes yeux clairs
Son image inversée
Le vent viendra bientôt

Le vent viendra
D'abord un souffle sur la mer
Le vent viendra
De mer sur les sables des grèves
Sur les galets polis sur juin sur tes étés
Sur ton corps tes désirs
Le vent viendra sans doute
Sur tes bras alanguis dans la chaleur par août
Dans ton sang plus rapide aux plaisirs de la vie

J'ai quitté la cité par un matin pareil
A tous ceux où je t'avais appelé en vain
Alors demande encor qui je suis
Je l’ignore
Je t'appartiens
Demande encore et je dirai
Solstice du désir je n'ai pas de visage
Je suis l’esprit du vent
Je suis
l'été marin


2. Dans ma chambre d'enfant de petit garçon seul
Effrayé par le noir
Des ombres de tendresse viennent me hanter
Et tous ces grands amours que j'ai vécu rêvant
Toujours de mon côté

Il plane des odeurs salées de long silence
Dans le bruit de la mer
Feux de paille envolés en fumée sur l'enfance
Et son jardin désert
Que je voudrais pouvoir peupler de ta présence

Puisque devant mes yeux qui se ferment de fièvre
Et de sommeil
Je vois images floues arrachées à mes livres
Des villes d'Italie peut-être
Et les pays marins que baigne le soleil

Puisqu'il est temps d'ouvrir les yeux sur l’univers
De réveiller mes sens abusés par l'hiver
Et de sourire
Sur la nuit qui s'enfuit d'un trait je crois inscrire
Mon souffle sur ta peau comme un chant du désert



3. Dans ce jardin des souvenirs
Les allées croisent leurs détours
Pleines d'histoire à venir
De voyageurs en mal d'amour
Et de chansons pour l'avenir

Les marronniers y refleurissent
Au terme des mortes saisons
Les herbes malades jaunissent
Les amoureux sur les gazons
Se lancent des regards complices

Au théâtre de marionnettes
J'appris la vie comme un vieux truc
Gesticulant sur la scènette
Je mimais des rôles caducs
Qui finissaient en chansonnettes




4. Mon enfance est douce comme un enfant mort
Je fais son élégie à l'orée d’un autre âge
Je ne veux plus me pencher sur elle
Il ne faut pas la réveiller
Ses jouets sont brisés
Renversés ses châteaux de cartes

Au rythme des chevaux de bois
Sur lesquels on ne monte plus
Avec ses obsessions elle s'est enterrée
Je la hais comme on fait des êtres qu'on désire
Mon enfance est triste comme un enfant sage
Et je la hais de sa sagesse

Mon enfance est sombre comme un enfant roi
Au destin de despote
Qui n’a de distraction que voir tomber les têtes
Dans la rumeur blasée des rires courtisans

Mon enfance est malade et je la vois mourir
Je suis le meurtrier
Je tisse le linceul comme un drap blanc de fête
Qui ne s'agite plus Je suis l'infanticide
Je hais l'enfant de mon enfance
Je souffre de sa voix qui ne sait plus se taire
De son corps putréfié que décharne l’hiver

Mon enfance est obscène comme un enfant mort







5. Les immeubles terre de sienne
Les briques rouges
Du dispensaire
Piscine Station sanitaire
Paris un bouge

Je regarde aux fenêtres
Tout un long jour en pure perte
Je veux célébrer une messe
L'amour le vin le reste

Tout ce qu'on n'aura plus
En vain
Je veux que tout amour soit bu

Nous roulions à toute vitesse
A rebours de la nuit vers l'est
Dans l'aura de fausse verdure
Le sifflement bref des voitures
Musique douce un air anglais

Parle-moi les nuits agonisent
Les mouches bleues dans l'air se grisent
Les regrets vont au vent moqueur
Les feux de la Saint-Jean brûlaient
Un jour plein sur fond de légende
Idyllique pour qui rêvait
De beaux souvenirs à revendre

Jamais je ne dirai je t'aime
Entre nous les heures se glissent
Pour un dernier baiser
Le bel emblème
Bannière sous qui se quitter
Solstice


6. J'envoie messagers dans le vent
Ces caboteurs pâles étoiles
Bateaux de louage au levant
Qui hissent de fragiles voiles

Pour ma mémoire qui poursuit
L'image du garçon brun-blond
Sur les rochers dans le midi
Au sud où la terre sent bon

Le feulement chaud du mistral
Comme dans mon cou son haleine
Regrets sur le jour estival
Souvenir doux comme la peine





7. J'ai regardé le soir en face
Pas d'étoiles qu'un bleu profond
L’air froid arrêtait les chansons
Et je me suis vu dans la glace
Mon amour nous nous oublions

Je passais dans le temps sans vivre
Passager pour mon avenir
Non les mois me faisaient vieillir
Dans l'exil au milieu des livres
Sans jamais pouvoir en sortir

Mais la bête était là obscure
Tapie dans mon ombre ou en moi
Son souffle était chaud j'avais froid
Et dans les plis de sa fourrure
J'ai laissé reposer mes doigts

8. Sois tendre nous ne durerons
Pas plus que n'ont duré les autres
Ces amours n’ont qu'une saison
Pourquoi accorder plus au nôtre

Sois doux Demain est déjà là
Où nous irons porter nos peines
Solitaires vers d’autres bras
Tristes Mais à chacun la sienne

Sois beau surtout pour nous laisser
En guise de cadeau l’image
De nos vingt ans mal démêlés
Et puis nous tournerons la page


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MessageSujet: Re: Fred AUDIN L'été Marin   Mar 6 Mar - 0:23

9. Va petit passe ton chemin
Va-t-en je t'aimerai demain

Ce soir j'ai l'âme aux découvertes
A lire aux livres d'avenir
Ce soir j'ai l'âme à repartir
Tu ne viendrais qu’en pure perte

Va petit passe ton chemin
Va-t-en je t'aimerai demain

Ne penche pas sur mon épaule
La douceur à redécouvrir
La nuit balaiera nos désirs
Je sais encor trop mal mon rôle

Même si tu es celui-là
Qui tend la main depuis des lustres
Dis-toi que je ne suis qu'un rustre
Que je ne te mérite pas

Console-toi si le temps presse
On s'est attendu si longtemps
Alors qu’importe maintenant
Que j’aie ou non changé d’adresse

Va petit passe ton chemin
Va-t-en je t’aimerai demain

Ce soir il faut des déchirures
De grand adieux de faux départs
Des passants croisés au hasard
Et le piment de l'aventure

Va petit passe ton chemin
Va-t-en je t'aimerai demain






10. Ce soir j'ai rencontré celle qui te ressemble
Il pleuvait j'étais seul et je l'avais suivie
Je lui ai pris le bras
Nous n'avons pas parlé
En nous rendant chez toi

Je voulais seulement
La coucher sur mon torse en répétant ton nom
Pour sentir sous son poids combien ton corps me pèse

Et ses cris dans l'amour qui imitaient les tiens
Ses mains qui se crispaient sur mon dos tout soumis
Et ton regard inquiet sous la pluie qui. s'arrête
Qui lançait des défis aux lits où nous dormions
Qui disait "je ne t’aime pas"
Mes mains sur sa nuque aux cheveux ras
Ployée pour que je la caresse
Ton silence étonné

Ce ne sont ni les boulevards huileux les flaques
Ni les visages indifférents qui m'affligent
C'est savoir que je peux aussi dans d’autres bras
Jouir des mêmes étreintes

Toi qui crois que la nuit est pleine de romances
Et des flons-flons des bals
Tu vas dormir sans moi
Maintenant tu vas t'endormir sans moi
Et le soir sur le soir refermera sa boucle


11. Que je regrette Montréal
Où je n'ai jamais mis les pieds
On voit dans l’eau des sabliers
S’effriter les carnets de bal
Avec les scories du passé

Que je regrette Montréal
Le jour où je disais "je pars"
Il est des pays pour plus tard
On pouvait se quitter plus mal
Nous on s’est quitté par hasard

Je regrette le grand canal
Des lacs qui s'épousent là-bas
Près des chutes du Niagara
Que je regrette Montréal
Sans connaître le Canada

Voilà le chagrin hivernal
Des glaces qu'on n'a pas ici
Tes pas sur la neige Ciel gris
Que je regrette Montréal
Sans connaître votre pays





12. C'est l'automne Les grillons sont venus
Dans cet ardent jardin où paradait l'été
Hanté par le fantôme évanoui d'un homme
Qu’un souffle emporta nu tel un papier froissé

Le soleil est moins chaud Un songe qui s’éteint
Sans qu'on en ait eu la saveur
Les charmes se brisent trop tôt
Aussi
Plus vite que s'éteint la flamme dans nos cœurs

La brise au gré des vagues
Disperse les voiliers
Plis déchirés morceaux d'amour
Comme le vent infidèle divague
Chaque baiser est le dernier
Toujours


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MessageSujet: Re: Fred AUDIN L'été Marin   Mar 6 Mar - 0:27

PLUIES

1. La pluie sur mes carreaux ruisselle et se reforme
Sur les montants de bois tristes comme l'oubli
Voilà
C'est la saison des pluies sur ma mémoire

Un chant a capella naissait de mon silence
Mimant la voix de celui qui m’était promis

Pareil aux amoureux latins j'allais de nuit
Au seuil des maisons de mes amants de passage
Surveiller si personne ne profitait
Du refus que l'on m’avait fait
Sous leurs fenêtres
J'épiais de loin les lumières vite allumées
Trop vite éteintes sur deux ombres découpées
Derrière les volets cassées dans leur étreinte

Et le vent balayait la terre avec son souffle
Un grand vent niveleur qui charriait les maisons
Qui sifflait en riant au travers de ma tête



2. En ce temps-là on s'essayait à l’inconscience
Pour mieux oublier que demain nous attendait
Dans le fond des cafés on bravait l’espérance
Devant des demis frais qu'on avalait d'un trait

Les bars faisaient fortune avec nos désespoirs
Avec l'entrain mitigé de nos soirs d'ivresse
L'alcool qu'ils nous vendaient était mauvais à boire
Et nous nous écœurions du vin de la tendresse

En ce temps-là j'avais dans les yeux les lumières
Ecrasantes mais ternes des cours de lycée
Tous mes buts un à un me devenaient précaires
Mon passe-temps c’était de savoir m'ennuyer


3. Mes cahiers d'écolier étaient remplis de toi
Mes cahiers d'écolier où naissait la tristesse
Déjà je te faisais de stériles promesses
D'un amour partagé sous de tremblantes lois

Mon amour tout pouvait si bien nous réussir
’aurait été si beau que d'avoir le même âge
Si bien de se comprendre quand même visage
Nous étions deux moitiés d'un corps à réunir

Cour nue journée sans heurt On rentre C'est septembre
Lueur blafarde de faux cloître Plâtres morts
Les années s'écoulaient dans le même décors
Je me terre le soir dans un coin de ma chambre





4. Je t'emporte avec moi au centre de la ville
Ma cité écrasée sous le poids des sarcasmes
Aux couloirs sous-terrains parcourus de fantasmes
La toile d’araignée des avenirs hostiles

Aussi bon gré mal gré c’est toi qui m’accompagnes
Et fier de te guider je relève la tête
Les rues se sont peuplées de musiciens en fête
Aubade en liberté pour qui sortait du bagne

Où te cacheras-tu quel corps et quel visage
Chercherai-je à piéger hors des pages d'un livre
Je ne rencontrerai que des baladins ivres
Murés dans leur présent dépourvu de langage

Tout le ciel s'est figé sur la nuit fugitive
Des astres pâlissaient plus loin que la lumière
Soudain je contemplais le mouvement des sphères
Dans des horizons qui brisaient les perspectives

Je rêvais sur un banc glacé par la nuit blanche
Souriant vaguement dans un froid de carême
Je parlais de t'emporter loin dans mes poèmes
Au sein d'un monde à part
et nous étions dimanche



5. Quand je serai parti tu oublieras l'amour
Bagage inutile en voyage
Tout chagrin n'est que bref passage
Notre histoire avortée ne vaut pas le détour

Je ne suis pas l'amant je suis l'autre en toi-même
Et toi ce promeneur loin égaré
Le hasard nous a rassemblé
Je pars en emportant la moitié d'un poème

Mon pâle espoir les contes n'ont jamais de fin
Les rêves pas plus de morale
Reflet dans ta glace idéale
Le miroir nous détruit quand approche demain

Là nos désirs ne règnent qu'en un monde opaque
Et nous étions trop transparents
Silhouette au soleil levant
Nos doubles de papier comme les drapeaux claquent



6. Ce soir j'ai découvert que rien n’avait changé
La nuit conduit toujours ses blancs traîneaux de rêve
Vers des pays fantasques jamais explorés
Sans horizon pour arrêter nos courses brèves

Et de nouveau ma fantaisie sait recréer
Un instant entrevue la forme des visages
Les regards et les corps patiemment désirés
Oh qu'il est beau l'amour dans mon songe en voyage

Chaque vague brisée l'écume de demain
Passagers de la nuit voilà tous nos mystères
Nous avons cheminé un temps main dans la main
Buvant dans le sommeil ce que le jour doit taire

Je voulais réchauffer ma douleur à tes yeux
Ce soir il y avait de grands lacs sous la neige
Les mots étaient faciles j'étais amoureux
Dans le ciel bleu et blanc volaient des sortilèges





7. On m'a dépossédé Nuits bleues tristes solstices
Juin vous avez planté avec le souvenir
Dans ma vie au rabais de falots réverbères

Je me suis adossé au mur blanc du silence
Des restes de tableaux Des bribes de journaux
Accrochés aux clous déformés des amours neufs
Et puis je ne sais plus
Je ne me souviens pas

Dans les chemins bourbeux nos empreintes la trace
De ton appel au loin étouffé par les ans
Et moi dans les débris de nos palais brisés
De nos miroirs jumeaux comme des lits de noce

Arabesque d'un nom impossible à tracer
Inutile à rêver Idéal Puéril



8. Ici pas plus qu'ailleurs il n'y avait de grilles
Mais dans la nuit polaire où tout disparaissait
Je cherchais de nouveaux geôliers dans d'autres mondes
Lisant à la lueur des lampes électriques
Comme un enfant en faute ouvrant dans le secret
Et l'abandon de tout les livres interdits

De la gloire déçue je m’inventais l'amour
Dégouttant de mon mal je t'écrivais des lettres
Un cahier tout à toi bleu au fond d'un tiroir
Fermé à double tour mes journaux à l'index

Dans ma chambre au secret la vérité s'estompe
Le réel est flottant plus encor que le songe
Et dans le corps je n’ai pour ombres tutélaires
Volutes inspirées des fables du désir
Déformés par l'hiver qu'éphémères visages
Je ne survis charmé du jeu de mes mensonges
Que dans le songe creux de vies imaginaires
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN L'été Marin   Mar 6 Mar - 0:33

LE PONT


1. Comment dresser un pont entre ce que je fus
Ce que j'ai cessé d’être
Ce que le vent apportera demain
Puisque éternellement je mourrai pour renaître

Et comment modeler ses arches de mes mains
Avec l’argile humide
Sur ce sol décharné aux silhouettes nues
D’arbres gelés à cœur au sein de nuits arides

Comment pétrir la terre en étant moins que glaise
Vouloir bâtir des voies sur l'eau
Tracer des routes dans le ciel Rester rivé
A l’espace à l'instant au jeu du vide en haut





2. Demeurer ce fantôme
Le promeneur qui se souvient du lieu
Rue Cortot sur les maisons basses
Alors que dans le ciel les projecteurs déjà
Cherchent dans les nuées les oiseaux militaires

Je n'ai jamais franchi les portes de la ville
Le ghetto de ses rues c'est mon pays d'enfance
Et les auras des réverbères
Sur les tons chamarrés des habits des civils
L'unique souvenir en moi de la lumière

Ce fut en plein midi que cela nous frappa
Ce jour si éclatant que j'en devins aveugle
J'ai encor dans le cœur l'aboiement des sirènes
Les hommes étalés dans l'asphalte fondu
Et la nuit qui suivit chaude comme un été

Dans ma cave je n'entendais que leur rumeur
Et le bourdonnement des vols irréguliers
Puis le silence froid sur nos douleurs
Comme lorsque la mer bien loin s'est retirée



3. Au bout du pont finit l'histoire
Il suffit de passer la rue
Que donnerai-je pour un soir
Pour des peines d'amour perdues

Au bout du pont sur l'autre rive
Où tu n'es plus qu'un corps sans feu
Un tronc coupé à la dérive
Dans l'eau grise sous le ciel bleu

Et tout le temps de ma jeunesse
Au gré du courant sur la barque
Vide divague au vent qui tresse
Les blancs môles d'où l'on embarque




4. Jusqu'à ce soir je garderai
Le goût de tes baisers d'adieu
Au fond du cœur au fond des yeux
Et demain je nous oublierai

L'odeur de ton corps sur mes draps
Et de ta sueur sur ma peau
Le sel de la nuit de nos mots
Rien entre nous ne renaîtra

Je vais m'endormir l’âme égale
Déjà je te parle de loin
Et ton ombre a passé le coin
De la rue Tu es en cavale




5. Tu m'as cherché longtemps sous les néons des villes
Longtemps tu m'as suivi dans l'entrelacs des rues
Essayant de laver la tache indélébile
De mon départ de ta venue

Tu m’as cherché longtemps égaré en toi-même
Longtemps tu m'as suivi dans l'aura des miroirs
Comme je te perdais à l'envers du poème
De mon désir de ton espoir

Mais nul reflet de nous qu'en des patries de rêve
Citadins enchaînés aux miracles faciles
Vie docile
Vie brève

Les étoiles sont loin dans nos ciels clairsemés
Nous mal enracinés dans la finitude
Solitude
Secret

Déchire les images
Les bars qui te retiennent au bord du voyage
Les passants enlacés qui traversent les ponts
Et puis moi-même au fond
Qui ne suis que ce nom entendu au passage




6. Dans la boue de demain dresserons-nous des gerbes
Les soirs de casino où l'on a trop joué
Nous ces corps disloqués comme phrase sans verbe
Les signes des prisons sur nos bras tatoués

Dans quel bouge égaré boiras-tu jusque l'aube
L’œil hagard sous l’opium soulevé de hoquets
Désespéré et las vêtu de pauvres hardes
Sans toit pour les nuits à venir

Tu traverses l'allée aux arbres parallèles
Tu respires l'odeur de l'argent sans frais
Des soldats en virée te rouent de coups de bottes
Tu roules sur le pavé noir de la ruelle

Dans les pas qui s'enfuient tu reconnais le mien
Tu titubes le long des escaliers de pierre
Vers le port et ses bars où jusqu'au soir prochain
Tu te prépareras à notre rendez-vous

A l’odeur d’amande âcre et amère
Du sol mouillé et de la boue sur ta chemise
Au long déchirement des mondes qui s'éloignent
Au rire dégrisant de ceux qui s'en iront



7. Va c'est le dernier jour les thrènes vont finir
Le chariot de l’an mort dissoudra ses étoiles
Et la nuit de nouveau fera sa brèche en toi

Et puis les voyageurs attardés dans la ville
Auront la même ivresse des temps qui s'achèvent
Ils brûlent les regrets sur l'autel de l'an neuf
Ils jettent les douleurs de la séparation

Comment passerons-nous le pont
Moins boiteux moins rompus des retombés du rêve
Moins comédiens plus oubliés plus silencieux
Indifférents peut-être aux clameurs du parterre

Mais le jour à venir ne nous suffira pas
A étancher la soif Nous perdons l'équilibre
Le monde ce matin ne recommence pas

Je sais déjà la facilité de cette nuit
Les adieux et les abandons
Et puis le reniement à la pointe du jour



8. J'avais cessé de croire au pouvoir des fétiches
Aux mots vides de sens qui meublent nos discours
Aux illusions floues de l'amour
Au jeu des vérités où malgré soi l'on triche

J'allais l’esprit ouvert à toutes les rengaines
Fort des chansons qu'on m'avait apprises trop tôt
Menant mes chevaux au galop
Pour emballer mon cœur qui restait à la traîne

Je m'écrivais des contes de pâles légendes
Tout ce qui pouvait mettre entre la vie et moi
Profond comme un acte de foi
Le rideau de fumée que les rêves sous-tendent

Je t'appelais toi qui naissais de mon poème
Et j'attendais béant ces tristes vérités
Créées par notre identité
Par ton image à peine arrachée de moi-même

Je ne savais pas que j'invoquais des fantoches
Mon trésor personnel égoïstement clos
Depuis j'ai tout jeté à l’eau
Magicien sans talent j'ai retourné mes poches
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MessageSujet: Re: Fred AUDIN L'été Marin   Mar 6 Mar - 0:39

SABLES

1. Que la sève s'écoule entre mes poings ouverts
Sablier des amours où la nuit fit son lit
Collines étirés d’un instable désert
Sur les décombres dans ma mémoire écrits

J'ai besoin des degrés rompus des pierres hautes
J'ai besoin de tes nuits qui déplient le passé
Et des flancs du volcan sous un ciel d’Italie

Sur quoi ouvriras-tu toi la porte des cendres
Quel monde au sud du sud bat fort sous tes allées
Oh seulement si ce matin je m'en allais
Au sud du sud au cœur du cœur descendre

Oublie le soir oublie la nuit oublie l'aveu
Jette du sable dans les feux
Les brasiers vont bientôt mourir
Je n'avais voyagé que sur le souvenir
De moments mal vécus dans des chambres à deux

Autrefois il y a bien des ans
O tristement parés
Nous aurions promené sur les forums en ruine
Notre mélancolie de touristes blasés
Mais maintenant la nuit pareillement s'achève
La longue nuit des pierres où l'oubli froid te vint




2. Parle-moi de la voix des vieux soirs
De la voix modulée et grave de l'été
Avec des mots trop pleins pour dire l'essentiel
Dis-moi les banalités de l'amour
En inventant le mot nous comblerions l'abîme

Enivre-moi d'alcool de musique et de nuit
De pluie sur mes carreaux et du bruit du bois sec
De vœux proscrits par la longueur de notre deuil
De peines étranglées qu’un seul espoir consume
Transporte-moi

Sous les soleils finissants Dans l'ambiguïté
Des parfums de verdeur
Dans la paix des matins d'avril
Dans ce que ces matins sont dans mon souvenir
Une berceuse murmurée aussi facile que nous
Le chant des oiseaux morts qui gonflait les buissons
Le long du pré du premier amour





3. Je m’éveillerai dans la forêt indispensable de l’été
Plus la nuit sera claire
Plus je serai frappé de la splendeur des arbres

Je mangerai des baies qui sentiront l’anis
Le genièvre et la forte bière
Et alors me croyant dans des contrées connues
Je prendrai le chemin qui s'incline

Sans m'arrêter au seuil de la maison de bois
J'ouvrirai la porte en disant
La vie n'a pas changé
Et je m’endormirai jusqu'au prochain orage







4. Dans la maison carrée dans la maison blanche
Où j'écoute la nuit agiter ses reproches
Les cris des animaux emprisonnés
Je remue souvenirs proches entassés
Dans des malles fermées à clef
De brûlants étés des dimanches

Dans la maison blanche la maison carrée
Le jardin d'hiver a cédé la place
Aux parterres mal arrangés
Et le parfum des fleurs coupées
Aux senteurs des herbes fugaces
Romarin thym sauge et laurier

Dans la maison blanche un jour retourner
Habiter les lieux où l’on a erré
Vivre les nuits des jours trop chauds
Parler à mi-voix du repos
De la lumière prolongée
De l'ordre des palais apparus sur la mer




5. Dans cette solitude extrême
Dans cette nuit où je t’attends
Echauffé par le moindre chant
Où par deux fois l'on dit je t'aime
Dans cette nuit de sable blanc
De spectres ruisselants et blêmes
Sous le ciel traversé de gemmes
De feux de Bengale au levant
Je crierai inlassablement
Lançant les mots comme l'on sème
Sans prendre garde à tous les vents
Cris dans l'amour noms de baptême
Les prénoms mêlés des amants
Dans cette solitude extrême
Dans cette nuit où je t'attends
A chaque moment différent
Autre et pourtant toujours le mêm



6. S'accouder à l’auvent de la maison
Pour écouter le bris irrégulier des flots
Et croire aussi
Que ce carré de sable entre l'herbe et la mer
Serait comme la propriété du cœur
Un coin d'exil et de patrie
Loin des maisons de Dieu et des villes des hommes

S'accouder à l'auvent de la maison
Sachant qu'on n’arrêtera pas la chaîne
Que la nuit nous charrie comme des troncs coupés
Contraints de ne laisser que bouts de prose morte
Les fils enchevêtrés de l’inachèvement

S'accouder malgré tout à ces piliers de bois
Pour écouter le vent transporter les déserts
Couvrir de sable fin les reliefs de la table
Où je pris avec toi notre dernier repas
Ce plateau tailladé à nos chiffres
D'où ne montera plus la fumée des thés chauds

S'adosser au pilier pour observer au loin
Les brumes se former sur ce qui fut des îles
Ces murs trop fins ne passeront pas 1’été

Des visages encore
Photographies devant la mer
Fenêtres sur le monde à l’envers et ses rues
Fenêtres où s'accouder pendant le long hiver
A l’auvent de la maison
Sous le soleil voilé
N'ayant plus faim pour le prochain repas
Jouant à des jeux vains tant que dure le jour




7. La rose des sables


Dessine-moi
La plage l'horizon et la ligne des dunes
Obscurcissant la mer et les arbrisseaux secs
De l'été Sous un ciel à l'orage La lune
Les astres De nouveau le matin comme un soc
Qui laboure les restes des secrets du soir

Un court bateau chargé d'une voilure épaisse
Un navire romain armé sur ses deux bords
La route des frégates au loin qui s'efface
Le chemin poussiéreux qui descend au rivage

Tout de ce que l'instant s'efforçait de détruire
Dans le bruit du ressac sur le silence épais
Le dormeur innocent de ce jour à construire
Sous la lumière oblique effleurant ses paupières

Son corps abandonné sur les rochers crayeux
Solaire et déroulé comme un serpent des sables
Blond aux yeux noirs venu d’un nord hypothétique
Dessine tout ce qui reste indéfinissable


(Il s'éveille)

Un feu vivant jusqu'ici a brûlé dans l'ombre
Sur la plage aux rencontres
Par l'été démultiplié
Partout quand nos jours étaient sombres

Si la nuit m’accueillait la chaleur était pauvre
Aucun bras n'entourait mon cou ni mon épaule
Le seul souffle qui ressemblât à une haleine humaine
C'était la brise qui pérorait


(Il tend le poing)

Comme un chant oublié sur les lèvres des hommes
Comme un hymne amputé au creux du souvenir
Je voudrais identique à l'océan mourir
Et renaître sans cesse à tout ce que nous sommes

Quand tu me promettais des côtes des falaises
Des routes ignorées où divertir nos jours
Des calvaires aux croix des chemins de l'amour
Nos songes s'effritaient comme mottes de glaise

J'étais destiné à traverser des rivières
Triste chaland passif à promener l'ennui
En écoutant de loin se perdre dans la nuit
Le hurlement des flots qui dépeçaient la terre



(Pour se rendormir)

Alors si tu me vois regarder vers le large
Laisse vaguer les coques de noix de mes rêves
Elles couleront comme une bulle qu'on crève
Comme sombrent toutes les peines qu'on décharge

N'interrompt pas mon songe si le soir tombé
Verse un poison sucré sur mon cœur qui sommeille
Il est des nuits bien nues mon amour où l’on veille
Souhaitant qu’un cauchemar veuille nous réveiller

Mais qu'il reste la plage et la page à écrire
Les pas d'un étranger le long des rails sonores
Que demeure le jour si la mer se retire
Et les voix de l'été nous parleront encore


(Quelqu'un parle)

Ce monde est le tremplin des terres endormies
Des continents de l'impossible
Le silence et l'oubli sont leurs gardes en armes

Comme les nefs vers Dieu lancées comme les barques
Prenons navires d'avenir
Tous les galions tous les vaisseaux où l'on embarque

Naufragés de la terre épris
Nous dresserons le camp sur ces coins de patrie
Nichées au cœur de nos dérives

La plage au clair soleil où je dors est si proche
Au revers des marées
Au rebours du décors au détour de l'été
Tends la main voyageur dont l'ombre se rapproche
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Fred AUDIN L'été Marin
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